Horlogerie

A son tour, Raymond Weil quitte Baselworld

La marque genevoise en mains familiales n’ira pas au bord du Rhin en 2019. L’annonce de Swatch Group cet été a «renforcé» la volonté du patron, Elie Bernheim, d’abandonner la foire horlogère

Une de plus. La marque genevoise Raymond Weil ne sera pas présente lors de l’édition 2019 de Baselworld. Le patron de l’entreprise en mains familiales, Elie Bernheim, a confirmé mardi soir cette information au Temps. Cette annonce survient alors que la grande foire horlogère a déjà dû déplorer, cet été, la défection de son principal exposant, Swatch Group.

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«Cela faisait un moment que j’y pensais, mais cette fois, la décision est prise», souligne Elie Bernheim par téléphone. Le jeune directeur général, entré en fonction en 2014 alors qu’il venait seulement de dépasser le cap de la trentaine, assure que «les évolutions de l’industrie horlogère nous ont poussés à revoir notre stratégie». Cela faisait 40 ans que l’entreprise se rendait chaque printemps à Bâle.

Place stratégique à Bâle

Avec, selon nos estimations, quelque 150 000 pièces écoulées par année à des prix oscillant entre 850 et 3000 francs, la production de Raymond Weil reste modeste si on la compare aux volumes industriels écoulés par d’autres marques présentes sur le même segment de prix. Néanmoins, à l’échelle de Baselworld, son départ va laisser un vide dans un lieu stratégique. Raymond Weil occupait en effet une place de choix au rez-de-chaussée de la principale halle de la foire: «324 mètres carrés sur trois étages», précise Elie Bernheim qui, s’il ne veut pas chiffrer exactement le montant investi chaque année dans l’événement, assure que ce dernier dépassait «de loin le million de francs».

Pourquoi partir? «Il faut savoir s’adapter à son temps», dit Elie Bernheim. Plus concrètement: réfléchir à d’autres moyens d’entrer en contact direct avec les clients finaux (un aspect «totalement absent» de la foire horlogère selon lui) ou choisir le moment de lancer ses nouveautés. Roadshow, présence en ligne… Il assure que son entreprise fourmille désormais d’idées et d’initiatives pour aller à la rencontre de ses clients.

Nombreuses interrogations sans réponse

Ces paroles résonnent avec celles qu’a tenues le patron de Swatch Group, Nick Hayek, lorsqu’il a annoncé, fin juillet, qu’aucune de ses 18 marques ne retournerait sur les bords du Rhin. «Notre décision de quitter la foire n’est pas une conséquence directe du départ de Swatch Group», assure Elie Bernheim. Il reconnaît néanmoins que cela l’a «renforcé dans [son] idée que je n’étais pas fou de vouloir quitter la foire».

Lire notre éditorial: Nick Hayek rend service à Baselworld

Surtout, depuis cette annonce, de nombreuses interrogations demeurent sans réponse. «Entre le moment où Swatch Group a annoncé son départ et fin août, nous n’avons pas eu de contact avec les organisateurs. Cela m’a dérangé d’être dans une inconnue aussi totale sans aucune visibilité sur l’année prochaine. Que vont-ils par exemple mettre à la place du tiers de la halle principale qui était occupée par les marques de Swatch Group?» s’interroge le patron.

Raymond Weil bénéficiait directement de l’aura de Swatch Group

Elie Bernheim, directeur général de la marque

Autre inconnue: la réaction future des distributeurs. Feront-ils toujours le déplacement à Bâle si les nombreuses marques du groupe de Bienne n’y sont pas? Elie Bernheim joue franc jeu: «Appelons un chat un chat: Raymond Weil bénéficiait directement de l’aura de Swatch Group. Longines, Tissot, Omega, Hamilton ou Rado, ce sont toutes des marques qui sont dans mon environnement concurrentiel. Je ne suis pas sûr que les distributeurs continueront de venir à Bâle si ces marques n’y sont plus…»

Et si d’autres piliers du salon comme Rolex ou Patek Philippe restent présents à Baselworld, cela ne sert pas les intérêts de Raymond Weil. Elie Bernheim conclut: «Leurs clients ne sont simplement pas les miens…»

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