Rendez-vous annulés, manifestations reportées, investisseurs évaporés... la propagation du coronavirus en Europe a stoppé en plein vol l'activité de financement des start-up. Une activité qui était justement à son plus haut sur le Vieux-Continent: en Suisse, les jeunes pousses avaient décroché plus de 2 milliards de francs l'année dernière. Un record.  

Des critères d'octroi inadaptés

Très vite, les nombreuses organisations d'accompagnement de ces jeunes pousses se sont mobilisées pour défendre leurs intérêts. Le Conseil fédéral n'a pas été sourd à leurs appels. Parmi les mesures économiques d'urgence figure un soutien aux entreprises fondées il y a moins d'un an. Celles-ci peuvent bénéficier d'un crédit-relais de 10 000 à 50 000 francs, en fonction de leur masse salariale. 

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Les autres sont considérées comme des PME, ce qui signifie qu'elles doivent demander un soutien, notamment évalué à l'aune de leur manque à gagner. Un critère insensé, s'indignent les milieux concernés, puisque de nombreuses sociétés n'ont pas encore de revenus.

C'est par exemple le cas des start-up actives dans les biotechnologies ou les sciences de la vie. Et le pronostic vital de certaines d'entre elles pourrait être rapidement engagé: «Les entreprises qui viennent d'achever une levée de fonds sont relativement à l'abri, constate Peter Stähli, directeur de la Swiss Entrepreneurs Foundation (SEF). Mais pour les autres, plus aucun tour de table ne peut débuter.»

Débloquer au moins 150 millions de francs

Avec le nouveau groupe interparlementaire consacré aux start-up, son organisation s'active pour corriger le tir. Elle demande la création d'un pot d'au moins 150 millions de francs, exclusivement réservé à ce type d'entreprises. Comment compte-t-elle éviter de transformer la Confédération en business angel ou en fonds de capital-risque? En créant un échelon intermédiaire, répond Peter Stähli: «Ce pool serait constitué d'experts de la finance et des entreprises, ainsi que de spécialistes thématiques.»

La proposition adressée au Département fédéral de l'économie que Le Temps s'est procurée détaille les modalités d'octroi. Les prêts octroyés n'excéderaient pas 2 millions de francs par start-up. Remboursables en deux ans, ils seraient associés à un taux d'intérêt de 1%. 

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Pour alimenter ce fonds, la SEF ne compte pas exclusivement sur Berne dont elle attend plutôt du cautionnement. Elle entend miser sur du sponsoring, du mécénat, voire du financement participatif, même si la tâche ne sera pas aisée: «Il y a une année, nous aurions trouvé ces montants sans aucun problème. Aujourd'hui cela ne sera pas facile.»

En Allemagne et au Royaume-Uni, les appels à développer des mécanismes de financement adaptés aux spécificités des start-up se multiplient aussi. La France a, elle, débloqué la semaine dernière 4 milliards pour soutenir ses jeunes pousses.