En 2015, la branche suisse du tourisme est parvenue à compenser en partie la baisse de fréquentation de la clientèle européenne par l'augmentation de celle en provenance d'Asie et des Etats-Unis. Malgré l'abandon du taux plancher par la BNS, le nombre de nuitées dans l'hôtellerie en Suisse a reculé de 0,8% sur un an. Cela représente 305 000 nuitées en moins par rapport à 2014, sur un total de 35,6 millions enregistré l'an dernier.

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Toutes les régions et catégories d'hébergement n'ont de loin pas été affectées de la même manière par la force du franc. Alors qu'une légère progression a été enregistrée du côté de la clientèle indigène (+0,2% à 16,1 millions), la baisse de fréquentation a été plus marquée pour celle en provenance de l'étranger (-1,7% à 19,6 millions).

Effondrement du marché allemand

Le recul de 12,3% du nombre de nuitées des visiteurs en provenance d'Allemagne est ressorti parmi les multiples statistiques dévoilées mardi à Zurich lors d'une présentation réunissant à la fois l'Office fédéral de la statistique (OFS), Suisse Tourisme et Hotelleriesuisse. Cela représente une diminution de quelque 541 000 nuitées pour les seuls hôtes allemands entre 2014 et 2015. Jürg Schmid, le directeur de Suisse Tourisme, a rappelé que ces statistiques n'incluent que les nuitées dans les hôtels. «Pour les clients allemands, le recul a été moins marqué pour les appartements de vacances. L'évolution a même été à peu près stable avec les résidences secondaires», a-t-il nuancé.

La baisse a été moins marquée pour les clients provenant du Royaume-Uni (-1,6%), de France (-6,2%) ou d'Italie (-7,6%). En tout, elle s'établit à -9,3 % pour l'ensemble de la clientèle européenne (11,8 millions de nuitées). Il s'agit du plus fort recul observé depuis 1958, a souligné Marc Gindraux, membre de la direction de l'OFS. 

Heureusement, la hausse du nombre de visiteurs en provenance des Etats-Unis (+5,7% à 1,74 million), de la Chine (+33% à 1,38 million) et des pays du Golfe (+20% à 0,93 million) a contrebalancé en partie ce recul. L'augmentation des clients de ces deux derniers pays a pratiquement compensé le recul des visiteurs allemands.

«Décrochage» du tourisme alpin

Les changements des pays de provenance des clients ont eu d'importantes implications pour l'évolution des nuitées dans les différentes régions touristiques. Les zones urbaines comme Zurich (+3,9%), Genève (+0,9%) ou Bâle (+1,5%) ont tiré leur épingle du jeu, bénéficiant à la fois d'une évolution favorable du tourisme d'affaires ou des séjours touristiques de courte durée qui profitent surtout aux villes.

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Aux yeux de Jürg Schmid, «la perception des villes a radicalement changé.» «Elles ne sont plus des portes d'accès pour la campagne ou la montagne mais des buts de voyage à part entière», analyse le directeur.
A mi-chemin entre la ville et la campagne, la région de Lucerne a aussi affiché une forte croissance (+4,4%), tout comme Vaud (0,7%).
A l'inverse, Jürg Schmid n'hésite pas à parler de «décrochage du tourisme alpin». Entre 2011 et 2015, les zones de montagne ont vu leur nombre de nuitées reculer de 11 % à 15,3 millions. Cette tendance défavorable a affecté l'an dernier en particulier les cantons des Grisons (-6,6%), du Tessin (-5,7%) et du Valais (-3,8%). Parmi les régions alpines, seul l'Oberland bernois (1%) a évolué à contre-courant.

Prudence concernant la Chine en 2016

Pour l'exercice en cours, Suisse Tourisme, qui s'appuie sur les pronostics établis par l'institut KOF, anticipe une stabilisation progressive des nuitées de la clientèle européenne. La baisse devrait se poursuivre pour les clients allemands (-4,4%) alors qu'une reprise est escomptée pour ceux de France (5,8%), d'Italie (3,9%) ou de Grande-Bretagne (2,9%).

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Pour les marchés dits lointains, une certaine prudence est de mise, notamment en raison de l'affaiblissement de la croissance en Chine et des possibles effets des attentats et de la crise des migrants sur le tourisme international. Cela affecte aussi les clients qui passent en Suisse en voyageant dans différents pays européens. Malgré tout, une hausse est attendue cette année du nombre de clients de Chine (6,6%), des pays du Golfe (7%) et des Etats-Unis (6,9%). Quant à la clientèle indigène, une hausse des nuitées des Suisses (1,3%) est aussi escomptée.

Le nombre d'hôtels diminuera encore

La saison d'hiver a connu un mauvais départ. Parmi les hôtels situés en zone alpine et rurale, 55% ont indiqué avoir réduit leur personnel durant la saison d'hiver, contre seulement 8 % pour les établissements situés en régions urbaines. A l'inverse, 38% de ces derniers ont accru leurs effectifs. Pour la suite, Andreas Züllig, le président d'Hotelleriesuisse s'attend à une poursuite de la transformation structurelle en cours dans la branche. «Environ 2 % des établissements disparaissent chaque année, soit environ 50 hôtels par an. Le nombre de faillites va certainement augmenter, principalement dans les régions alpines», redoute le président de l'organisation de l'hôtellerie.