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Un groupe de touristes visite le quartier de Habana Vieja, au cœur de la capitale cubaine. En 2015, le nombre de visiteurs en provenance des États-Unis a augmenté de 77%.
© YAMIL LAGE

Caraïbes 

Le tourisme cubain dans un goulet d’étranglement

Les capacités hôtelières de Cuba sont largement insuffisantes pour faire face à l’afflux de touristes canadiens, européens et américains. Conséquence: les prix ont plus que doublé

Cuba ne sait plus comment accueillir ses touristes. Le processus de normalisation entrepris entre les États-Unis et Cuba le 14 décembre 2014 qui a débouché sur le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays suscite des envies de voyage. En 2015, 3,5 millions de touristes se sont rendus sur l’île caribéenne, soit 17,4% d’augmentation par rapport à l’année précédente.

Dans les rues de la Havane, il y a manifestement plus d’Américains. Ils ont été 161 000 à visiter l’île l’an dernier, soit une hausse de 77%. Leur nombre devrait augmenter encore avec l’assouplissement des règles régissant les voyages décrétés par l’administration de Barack Obama bien que l’interdiction de voyager à Cuba en tant que simple touriste demeure. Le Département du Trésor vient d’autoriser les citoyens américains à voyager désormais seuls pour autant que leur périple s’inscrive dans l’une des douze catégories prévues par Washington: programme à plein-temps dans le domaine académique, la recherche, le journalisme et dans le cadre d’activités en lien avec la religion, le sport, les arts ou le cinéma. Si l’embargo devait toutefois être levé, le Fonds monétaire international estime à environ dix millions le nombre d’Américains qui pourraient visiter Cuba, où le tourisme compte pour 14,1% du produit intérieur brut.

Le surplus de touristes américains a ajouté une contrainte supplémentaire pour les infrastructures d’accueil largement insuffisantes de Cuba. Mais la hausse du nombre de visiteurs est générale. Les Canadiens ont été 1,3 million à venir séjourner sur l’île, soit 10,6% de plus qu’en 2014. Les Européens sont aussi très friands d’un Cuba qui, craignent-ils, pourrait fondamentalement changer après l’ouverture du pays aux États-Unis. L’île a accueilli 35% d’Européens en plus qu’un an plus tôt, les Allemands et les Français étant les plus cubanophiles. Chez ces derniers, l’une des raisons invoquées pour aller à Cuba est la sécurité. Plusieurs pays arabes voire même européens ont été frappés par des attentats terroristes. Cuba et les îles des Caraïbes restent perçues comme étant très sûres. Même les réservations pour ce qui est généralement la saison creuse (mai­-juin) tournent à plein régime.

Face à cet afflux, les 63 000 chambres disponibles sont largement insuffisantes. Plusieurs dizaines de projets hôteliers sont en cours, mais «il y aura deux ans difficiles à passer», estime un acteur du tourisme local. Plusieurs vastes projets hôteliers dans lesquels est notamment impliquée la société Bouygues ne seront pas achevés avant 2017 voire 2018. Conséquence: les prix en 2015 ont doublé et ils augmenteront encore l’an prochain. Le phénomène se propage. Les quelque 20 000 maisons particulières (casas particulares) facturaient la nuit entre 30 et 40 dollars. Aujourd’hui, c’est plutôt 60 et 70 dollars. Airbnb, qui est autorisée à opérer à Cuba depuis un an dispose de près de 3700 chambres louées en moyenne 48 dollars.

L’arrivée prochaine de la chaîne hôtelière Starwood, qui vient d’obtenir une licence du Trésor américain va restaurer et gérer l’hôtel Inglaterra, un établissement prestigieux à deux pas de l’ancien Capitole. L’hôtel où séjourna Churchill durant la guerre entre l’Espagne et les États-Unis à la fin du XIXe siècle est toujours la propriété de la société d’État cubaine Gran Caribe. Première multinationale américaine à s’installer à Cuba depuis la révolution de 1959, Starwood va aussi gérer, dans le quartier chic des ambassades à Miramar, l’hôtel Quinta Avenida, propriété de Gaviota, un groupe touristique en main des militaires cubains. La chaîne Marriott piaffe d’impatience pour s’y implanter. La venue de Starwood va accroître la concurrence entre les chaînes déjà présentes, les espagnoles Sol Melia et Iberostar ainsi que la canadienne Blue Diamond et la française Accor qui vient de conclure un accord pour ses hôtels cubains avec le site de réservations en ligne booking.com. Le gouvernement cubain cherche à attirer de nouveaux investisseurs dans l’espoir de disposer de 85 000 chambres d’ici à 2020.

Le prochain rétablissement de lignes aériennes commerciales entre les États-Unis et Cuba va sans doute aggraver le goulet d’étranglement. L’administration Obama a autorisé les compagnies aériennes américaines à offrir plus de 100 vols par jour pour Cuba, 20 à la Havane et dix chacun pour les neuf autres aéroports du pays. Pour l’heure, seuls 15 charters par jour partant de Miami et New York sont autorisés à relier Cuba. A partir du début mai, le groupe Carnival est censé envoyer ses premiers bateaux de croisière à Cuba.

A se promener sur le Prado, dans la Vieille Havane, le constat frappe: le profil des touristes change. Si les visiteurs avec sac à dos et tongs sont toujours bien présents, un nombre croissant de touristes plus âgés, riches, en provenance des États-Unis et d’Europe déambulent dans les rues de la capitale. Ils voyagent souvent en business et dépensent sans compter. Pour ce qui est des Américains, ils ont désormais le droit d’emporter pour 400 dollars de souvenirs et 100 dollars de cigares. Des cigares qui, en raison d’une mauvaise récolte, vont coûter de plus en plus cher.

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