La prudence est de mise pour l’automne à venir, indique jeudi l’organisme de promotion de la Suisse comme destination touristique. «Dans le tourisme, les crises arrivent soudainement, mais les reprises prennent beaucoup plus de temps», a expliqué Martin Nydegger, le directeur général de Suisse Tourisme en amorce de la conférence de presse. Malgré les nombreux défis à relever, le secteur est résilient.

Les touristes étrangers ont été plus nombreux à séjourner en Suisse cet été, d’après les estimations fournies par l’Office fédéral de la statistique (OFS). Le niveau des nuitées hôtelières reste toutefois inférieur à celui de 2019, à hauteur de 15% en ce qui concerne le mois de juillet et de 22% sur la période de mai à juillet.

Sans pouvoir compenser totalement le manque de touristes étrangers, les hôtes en provenance de Suisse sont toujours plus nombreux à séjourner dans les hôtels de leur pays qu’avant la crise. Malgré un repli de 10% des nuitées en juillet sur un an, le mois de juillet 2021 ayant enregistré un chiffre record, ce niveau est supérieur à hauteur de 17,4% par rapport à celui de 2019.

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La reprise s’est aussi illustrée dans la fréquentation des remontées mécaniques. Sur un an, les recettes ont augmenté de 50% au mois de juillet.

Lent retour des hôtes étrangers

Sur l’ensemble du premier semestre, les nuitées des hôtes étrangers en Suisse sont inférieures d’un tiers environ par rapport à 2019. Certains marchés clés comme la France (-9%), l'Allemagne (-15%) et les pays du Benelux (-17%) se redressent mais d’autres comme l’Italie (-20%) et le Royaume-Uni (-27%) restent loin de leur niveau d’avant-crise.

La situation est encore pire en ce qui concerne les marchés lointains, pour lesquels les nuitées au premier semestre étaient inférieures de moitié à la même période en 2019, surtout à cause de la très faible présence des hôtes en provenance d’Asie. Ainsi, les nuitées des hôtes en provenance du Brésil (-17% par rapport au premier semestre 2019), des Pays du Golfe (-23%) et des Etats-Unis (-25%) se redressent, mais les voyageurs venus d’Inde (-85%), de Corée du Sud (-77%) et de la Chine (-93%) restent absents.

Déplacements complexes depuis l’Asie

«Nos hôtes en Asie aimeraient voyager en Suisse mais leurs déplacements sont rendus complexes par les restrictions sanitaires ainsi que de problèmes de capacités dans le trafic aérien», a expliqué Martin Nydegger.

Les hôtels urbains sont particulièrement touchés par l’absence de ces touristes. Lucerne a perdu environ un tiers de ses nuitées, Zurich pas loin d’un quart et Montreux ou Lausanne environ un cinquième par rapport au premier semestre 2019. Suisse Tourisme tente par une campagne promotionnelle de raviver l’intérêt pour les villes suisses.

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Les professionnels du tourisme se montrent réservés pour la suite de leurs activités: les nuitées sont attendues en hausse de 5% au maximum en automne, selon un sondage mené par Suisse Tourisme. L’organisme ne s’attend pas à un retour complet des hôtes européens avant 2024, tandis qu’il faudra encore s’armer de patience pour les marchés lointains.

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Le tourisme tessinois en perte de vitesse

Les acteurs de la branche touristique au Tessin ont rapporté une baisse sensible d’activité au cours du deuxième trimestre, un repli attendu, après un millésime 2021 exceptionnel en raison des restrictions sanitaires qui avaient dopé l’intérêt des voyageurs suisses pour le canton italophone.

Contrairement au reste du pays, les chiffres d’affaires du secteur se sont contractés en rythme annuel au sud des Alpes, en particulier dans le secteur hôtelier, où plus de deux entreprises sur trois ont signalé des nuitées en baisse, indique jeudi le bureau cantonal de la statistique dans son relevé trimestriel.

La décrue touristique a été particulièrement marquée dans la région de Locarno, lieu de villégiature hautement prisé des touristes alémaniques, mais également pris d’assaut par la clientèle romande l’année dernière. La capitale économique Lugano a affiché un reflux moins marqué de visiteurs.

Au vu des chiffres à mi-parcours, les entrepreneurs tessinois ne s’attendent pas à être en mesure de réitérer sur l’ensemble de 2022 la performance record de 2021. La pénurie de main d’oeuvre signalée tant par les hôteliers que par les restaurateurs au niveau national est également moins aigue de l’autre côté de Gothard.

Les données de l’Office fédéral de la statistique (OFS) font état d’une baisse des nuitées de 13,3% sur un an pour les six premiers mois de 2022, «mais nous enregistrons tout de même une progression de 15,2% par rapport à 2019», signale Angelo Trotta, directeur de Ticino Turismo, cité dans l’étude.

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Et de signaler qu’il faut remonter à 2007 pour trouver des chiffres comparables à ceux enregistrés en juin. Et si avec la réouverture des frontières, les touristes locaux se sont faits plus rares, le retour de ceux en provenance des marchés étrangers, en particulier le Benelux, l’Italie et l’Allemagne, a permis de compenser ce mouvement.

A plus long terme, il faudra voir quel sera l’impact de la forte appréciation du franc, «un des facteurs qui sans l’ombre d’un doute pénalise notre destination et la Suisse entière», déplore le patron de la faîtière.

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