Tourisme

Les touristes chinois sont les plus heureux en Suisse

L’Ecole hôtelière de Lausanne a consacré une étude à la mesure du bonheur des visiteurs en terre helvète. Le professeur Yong Chen tord le cou au préjugé selon lequel la Suisse serait un pays particulièrement cher, où accueil et services laisseraient à désirer

De tous les touristes visitant la Suisse, ce sont les Chinois qui s’y sentent les plus heureux. Ils oublient les heurs et malheurs de leur propre pays et prennent un plaisir maximal lorsqu’ils se promènent dans les villes, sur les lacs ou dans les Alpes, qui leur offrent un dépaysement total. Sur les visiteurs des huit pays qui constituent les principaux marchés du tourisme suisse, les Britanniques, sans doute à cause de leur légendaire flegme, arrivent en dernière position. Les touristes suisses, eux, sont quatrièmes.

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Mesurer le bonheur est une notion à ne pas confondre avec la satisfaction des touristes. C’est l’exercice auquel s’est livrée l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL), qui y a consacré une première étude. Conduite en 2015 par Yong Chen, l’un de ses professeurs et spécialiste d’économie du tourisme, en collaboration avec Robert Li Xiang, de l’Université Temple de Philadelphie, elle a porté sur le comportement d’un échantillon de 1450 touristes étrangers, mais aussi suisses. Pour commencer, elle a identifié quatre critères d’évaluation de l’état de félicité: satisfaction, affect positif, affect négatif et eudaimonia qui, en grec ancien, signifie «bonheur».

Quelle est la pertinence d’une telle étude? «Elle aide les professionnels du métier à mesurer non seulement le degré de satisfaction des touristes, mais aussi leurs émotions», répond Yong Chen. C’est un aspect non négligeable dans un pays qui compte 271 700 lits d’hôtels et où l’apport des touristes étrangers était de 16 milliards de francs en 2016, soit 4,7% des recettes d’exportation. Suisse Tourisme mise particulièrement sur l’Empire du Milieu, dont le marché est l’un des plus prometteurs. La campagne «2017, année du tourisme Chine-Suisse» a porté ses fruits. La barre des 1,4 million de nuitées a été atteinte, soit 10,8% de plus qu’en 2016. Du coup, la Chine est devenue le quatrième plus important marché étranger pour le tourisme suisse, derrière l’Allemagne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Combiner travail et loisirs

Selon cette étude, que Le Temps s’est procurée, le bonheur des touristes augmente lorsque leur séjour se prolonge au-delà de huit nuits. «Leur expérience est différente et plus intense que celle de ceux dont le séjour est plus court», explique Yong Chen. Par ailleurs, les touristes qui reviennent plus de dix fois en Suisse sont infiniment plus heureux que ceux qui ne sont qu’à leur quatrième ou cinquième visite.

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Il n’est pas certain que les hommes d’affaires ou les fonctionnaires internationaux qui visitent le pays à plusieurs reprises y trouvent du bonheur. En revanche, le degré du plaisir augmente si ces derniers arrivent à combiner travail et loisirs. L’étude révèle par ailleurs que les touristes sportifs sont plus heureux que ceux qui visitent la Suisse pour faire du shopping, visiter les musées ou profiter de la vie nocturne. Le bonheur des touristes est aussi lié à la période de leur visite: c’est le mois de juin qui l’emporte.

Le bonheur se conjugue avec l’âge, l’éducation et l’épaisseur du porte-monnaie. Le professeur Chen tient toutefois à tordre le cou à l’idée que la Suisse est un pays particulièrement cher et où l’accueil et les services dans les hôtels et restaurants laissent à désirer. «Pour preuve: le fait que des milliers de visiteurs reviennent, dit-il. Mais il est vrai que les clients tendent à penser qu’un prix élevé est synonyme de qualité.»

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