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«C’est aussi sur fond de crispations commerciales croissantes que la robustesse des entreprises helvétiques a attiré l’attention des investisseurs», relève Panagiotis Spiliopoulos.
© Alexandra Wey/Keystone ©

Entreprises

Dans la tourmente, les entreprises suisses prospèrent

Le premier semestre a été marqué par un retour en force des poids lourds de la bourse helvétique, portés par les risques de guerre commerciale. Ceux-ci pourraient cependant noircir la deuxième partie de l’année

«Solide», «globalement bonne», voire «excellente». Voilà comment les analystes résument cette session de résultats semestriels des principales entreprises helvétiques, qui s’est conclue jeudi avec la publication des chiffres de Swisscom. «Plus de 80% des résultats sont en ligne avec les attentes des analystes ou au-dessus», commente Rollin Ferrier, de Julius Baer. «Toutes industries confondues», précise Panagiotis Spiliopoulos, de Vontobel.

Une robustesse que ne laissait pourtant pas présager leur performance sur les marchés. Après un mois de janvier en fanfare, l’indice SMI, regroupant les vingt valeurs vedettes helvétiques, n’a cessé de chuter, affichant une perte de 8,5% à fin juin. «Les investisseurs se sont dans un premier temps positionnés dans des valeurs de croissance, comme la technologie», note Rollin Ferrier. Un secteur peu représenté dans le marché suisse, à l’inverse des marchés américains. Ce sont ainsi les Amazon, Microsoft ou encore Netflix qui ont trouvé faveur à leurs yeux.

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Jusqu’à ce rebond, amorcé début juillet. Depuis, le Swiss Market Index (SMI) rattrape son retard (+5,5% depuis fin juin). Outre un effet de correction naturel, la bonne moisson de résultats pour les deux premiers trimestres de 2018 y contribue.

Des valeurs sûres

«C’est aussi sur fond de crispations commerciales croissantes que la robustesse des entreprises helvétiques a attiré l’attention des investisseurs», relève Panagiotis Spiliopoulos. Le président américain, Donald Trump, a multiplié les déclarations protectionnistes ces derniers mois, d’abord en imposant des droits de douane élevés aux importations chinoises, alors que la Russie est sous le coup de nouvelles sanctions de la part de Washington. La colère est montée d’un cran en Europe également, pénalisée à l’instar d’autres pays, dont la Turquie, par une hausse des taxes sur l’acier et l’aluminium. A quoi s’ajoute la réimposition de sanctions par Washington à l’Iran, après le retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien.

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Dans ce contexte tendu, les investisseurs se sont tournés vers un marché plus conservateur, constitué de valeurs dites défensives, comme celui des actions suisses. «Ces valeurs affichent des potentiels de hausse moins spectaculaires que les valeurs cycliques, mais offrent davantage de sécurité sur le long terme», poursuit Rollin Ferrier. Autrement dit, ces entreprises suisses séculaires, qui ont traversé plusieurs crises, rassurent les investisseurs quand l’environnement macroéconomique est incertain. Et puis, «globalement, les sociétés helvétiques sont moins exposées aux risques commerciaux, en raison de leurs débouchés très diversifiés», ajoute-t-il.

Une santé de fer

Un secteur a tout particulièrement tiré son épingle du jeu: la santé. «En cas de guerre commerciale, ces entreprises ne seraient que très peu affectées», indique François Savary, de Prime Partners. Chacune de ces pharmas a son domaine de spécialisation, ce qui rend difficile la création de substituts nationaux. Roche, Novartis et Lonza ont ainsi affiché des gains de respectivement 9%, 12% et 20% en bourse depuis début juillet. Et ce secteur pèse lourd, représentant 40% de la valeur totale de l’indice.

Novartis et Roche récoltent par ailleurs les premiers bénéfices de leurs plans de restructuration lancés l’an dernier. «Leurs efforts ont payé, surtout pour Novartis», souligne François Savary. Le troisième poids lourd du SMI, Nestlé, représentant à lui seul plus de 18% du total des capitalisations, s’est aussi lancé dans une vaste réorganisation en début d’année. «Le groupe semble être sur la bonne voie», souligne René Morgenthaler, de la banque Bonhôte. A fin juin, la croissance organique (liée aux seules ventes du groupe, hors acquisitions) est ressortie au-dessus des attentes et chiffre d’affaires et rentabilité ont progressé. Il reste à mesurer les effets des suppressions massives d’emploi – plus de 580 postes – au siège veveysan de la multinationale, annoncées en début d’année.

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Paradoxalement, les tensions macroéconomiques, qui ont soutenu le SMI au début du troisième trimestre, pourraient se retourner contre lui ces prochains mois. «En l’absence de visibilité, le climat général incite à la prudence», souligne François Savary. «Les commandes sont pour l’heure au rendez-vous, mais l’incertitude actuelle peut inciter les entreprises à reporter certains investissements», poursuit l’analyste. Ce qui entraîne de facto un ralentissement de l’économie.

Cette aversion généralisée au risque accroît aussi la pression sur les devises, notamment le franc, qui après s’être maintenu au-dessus de 1,15 franc pendant un an, joue à nouveau son rôle de valeur refuge. Rien de grave à court terme: «Pour l’heure, les effets sont limités. Mais ce cumul d’incertitudes pèse sur les décisions de nos clients», note cependant Panagiotis Spiliopoulos.

Les banques en difficulté malgré la croissance

De quoi affecter le secteur financier, en particulier les banques qui, avec Credit Suisse, UBS et Julius Baer, regroupent 12,81% des capitalisations du SMI. «Les incertitudes génèrent logiquement moins de transactions, les investisseurs restant sur leurs positions dans l’attente de davantage de visibilité», note René Morgenthaler. Or ce sont précisément les commissions prélevées sur ces opérations qui constituent l’essentiel des revenus des banques.

A ces difficultés s’ajoutent celles liées à des taux très bas, en raison de politiques monétaires encore accommodantes en Europe et en Suisse, ainsi qu’aux coûts engendrés par une régulation affermie. «Tout ceci érode les marges», relève Rollin Ferrier. Voilà pourquoi, malgré les solides résultats affichés par les établissements helvétiques au premier semestre, les titres ont continué de reculer en bourse.

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UBS, avec des revenus de 15,25 milliards de francs en hausse de 3% sur un an et un bénéfice net amélioré de 15% à 2,8 milliards, a perdu 16% de sa valeur sur le marché. Credit Suisse, qui affiche une croissance de ses affaires de 5% par rapport à 2017 (11,2 milliards) et un profit de 50% plus élevé (50%) – «presque seulement grâce à des réductions de coûts», souligne René Morgenthaler –, a reculé de 15% en bourse depuis le début de l’année. Même déception avec Julius Baer, avec un produit d’exploitation de 1,79 milliard (+12%) et un bénéfice net en hausse de 26% à 444 millions. La nominative a perdu presque 12% depuis janvier.

Même attentisme chez les analystes

Qu’en sera-t-il ces six prochains mois? «Je n’ai pas de boule de cristal», plaisante Panagiotis Spiliopoulos. Même prudence auprès de ses confrères, qui ne se risquent pas à formuler de pronostic précis. Tout au plus évoquent-ils un deuxième semestre en ligne ou légèrement inférieur à la même période de l’an dernier. «Ceci étant surtout dû à une base de comparaison élevée, puisque l’exercice 2017 était particulièrement bon», explique Rollin Ferrier.

La banque Bonhôte avance une certitude: «Les dividendes que toucheront les actionnaires suisses au printemps prochain sont attendus en hausse de 5% par rapport à 2017.»


L’anomalie Swatch Group

En passant en revue les gagnants et les perdants de ce semestre, parmi les 20 principales capitalisations de la bourse suisse, la performance de Swatch Group interpelle. L’horloger biennois aux 18 marques a publié le 18 juillet les chiffres de loin les plus spectaculaires de ces six premiers mois: des ventes en hausse de 14,7% sur un an à 4,27 milliards de francs, un niveau de croissance inédit pour la société et un bénéfice net amélioré de 66,5% à 468 millions de francs. Les perspectives sont bonnes sur tous ses marchés, en particulier en Asie, comme sont venues l’attester le lendemain les statistiques horlogères. Pourtant, alors que Swatch Group était en tête des performances boursières, le titre a perdu près de 11% depuis. «Ce qui au départ apparaissait comme une anomalie se justifie aujourd’hui par les récentes craintes pour la croissance chinoise», estime René Morgenthaler, de la banque Bonhôte.

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