«J'ai tout de suite vu qu'il s'agissait d'une voiture de Google. Je suis immédiatement monté dans mon bureau pour aller chercher mon appareil photo. L'un de mes collègues a essayé de parler avec les personnes de Google, mais elles n'étaient pas bavardes...». Peter Sayer, responsable du bureau parisien de IDG News Service, fait partie des quelques personnes qui ont vu ces curieuses voitures, apparemment toutes des Opel Corsa. Certaines arborent un logo «Google» sur leurs portières, d'autres pas. Mais toutes possèdent sur leur toit un système perfectionné de caméra, permettant de prendre des clichés sur presque 360 degrés.

Des voitures similaires parcourent les Etats-Unis depuis début 2007. Aujourd'hui, leurs clichés sont disponibles via le service «Street View» de Google, qui permet de parcourir sur Internet des villes entières en photo. Tous les clichés, mis bout à bout, offrent la possibilité de se balader dans une cité en trois dimensions sans quitter son ordinateur. Google a pris ces images en coordination avec un GPS.

Lancé en juin 2007 aux Etats-Unis, «Street View» a suscité de nombreuses réactions. L'on a notamment pu voir un homme sortant d'un sex-shop, un autre quittant un appartement en sautant par la fenêtre, ou encore une femme prenant un bain de soleil quasi nue. La semaine passée, Google a fait un geste de taille en annonçant qu'il allait flouter le visage des personnes photographiées dans la rue (voir la photo ci-contre). La firme a annoncé qu'elle voulait franchir ce pas depuis longtemps.

Mais cela n'a pas empêché Peter Hustinx, contrôleur européen de la protection des données, de réagir. Il a affirmé la semaine passée que Google risquait «de sérieux problèmes» s'il ne se conformait pas à la législation européenne, qui est par ailleurs proche de celle de la Suisse (lire ci-contre).

Google assure qu'il se conformera aux lois locales. «Nous ne lancerons «Street View» dans de nouveaux pays que si nous sommes certains d'être en règle, explique Matthias Graf, porte-parole de Google en Suisse. Il est possible que les versions lancées en Europe soient ainsi différentes de celles aux Etats-Unis. La protection de la sphère privée est très importante pour nous.»

Google ne communique pas de date de lancement pour «Street View» ni pour l'Europe, ni pour la Suisse. Des voitures ont-elles déjà commencé à prendre des clichés en Suisse? «C'est possible», répond simplement Matthias Graf.

Pendant ce temps, Google avance à grands pas dans l'intégration de ses services. Jusqu'à présent, «Street View» était disponible uniquement via Google Maps. Depuis mi-avril, le service est aussi lié à Google Earth, ce qui permet de naviguer encore plus facilement dans des villes en trois dimensions. De plus, la firme permet aussi de définir des itinéraires en utilisant «Steet View», de manière à mieux prévisualiser un trajet en voiture, par exemple.

La prochaine étape sera peut-être l'utilisation de «Street View» sur un iPhone, l'appareil permettant déjà un accès direct à Google Maps.