«Il y a une application pour cela.» Nous sommes en 2009. Apple vient de lancer son magasin d’applications pour iPhone et promet que chaque problème pourra être réglé par une petite icône affichée sur son téléphone. Onze ans plus tard, impossible de ne pas penser à ce slogan. Le coronavirus? Aucun souci: une application permettra de nous alerter si nous avons croisé une personne infectée, et le tour sera joué: fin de la pandémie.

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Evidemment, ce ne sera pas aussi simple. Pour certains, la tentation est grande de croire que la technologie va tout résoudre et qu’il n’y a qu’à se plier à ses règles. Des règles d’ailleurs souvent imposées par les géants américains du numérique.

Des questions en suspens

Il est ainsi capital de questionner sans relâche la pertinence des choix derrière les technologies en devenir. Oui, une application pour empêcher de nouvelles contaminations peut être utile. Mais à condition qu’un débat démocratique intense et éclairé ait lieu. C’est plutôt bien parti: pour la solution suisse, c’est l’EPFL qui dicte le ton, avec un code source visible et critiquable par tous. Et ce sont même Apple et Google qui se conforment aux bases techniques, destinées à préserver au mieux la vie privée, élaborées par l’établissement lausannois.

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Des bases solides semblent ainsi mises en place. Mais elles doivent être renforcées, par un débat au niveau politique et des réponses à des questions cruciales. Comment pourra-t-on s’assurer que l’utilisation de l’application sera totalement volontaire, sans aucune pression sociale? Que pourront faire les 10 à 20% de la population qui ne possèdent pas de smartphone? Quid de ceux qui ont un tel appareil, mais qui ne savent pas comment télécharger une application? Que se passera-t-il si, par malheur, des dérives dans l’utilisation devaient être constatées ces prochaines semaines? A quelles conditions et quand la Confédération débranchera-t-elle l’application?

Les ingénieurs et techniciens effectuent actuellement un travail de développement remarquable, aucun doute à ce sujet. Les autorités politiques vont devoir, très rapidement, répondre aux questions et fixer un cadre limpide. En rappelant que cette application, si elle devait être lancée, ne sera qu’une brique dans un vaste arsenal de mesures, par ailleurs non technologiques, qui doivent concourir à l’éradication du virus.