Dans un communiqué de quatre lignes diffusé jeudi à quelques minutes seulement de l’ouverture de la bourse suisse, UBS a annoncé qu’un trader avait fait perdre deux milliards de dollars (1,75 milliard de francs) dans son secteur de la banque d’investissement. La nouvelle a entraîné la chute du titre UBS à la bourse, celui-ci lâchant 8,5% dans les premiers échanges.

L’affaire fait encore actuellement l’objet d’une enquête interne, a précisé UBS. Selon l’établissement, ce cas, qui n’a pas affecté de positions de clients, pourrait conduire à une perte sur le troisième trimestre. Les analystes s’attendaient à un résultat d’un milliard de francs avant impôt sur la période, déjà jugée «très faible».

L’affaire n’est pas sans rappeler celle qui avait touché la banque française Société Générale au début 2008, lorsque des opérations d’un de ses courtiers, Jérôme Kerviel, avaient entraîné des pertes de 4,9 milliards d’euros. Jugé seul responsable de ce débours, l’ex-trader a été condamné en octobre 2010 à cinq ans de prison dont trois ferme.

L’opération est probablement intervenue à Londres. La police londonienne a confirmé jeudi à l’ATS avoir arrêté dans la nuit de mercredi à jeudi un homme de 31 ans. L’homme, qui est accusé d’abus de confiance, a été arrêté vers 3h30 du matin dans le centre de la capitale britannique, a indiqué la police de Londres sans mentionner s’il s’agissait d’un employé d’UBS. Selon des informations obtenues par le site internet de la NZZ, «les pertes sont dues aux activités d’un courtier à l’énergie criminelle importante dans le négoce d’actions à Londres».

UBS a finalement confirmé que le suspect arrêté dans la nuit à Londres travaillait bien pour le compte de l’établissement, sans préciser toutefois dans quel secteur.

Le «desk Delta One», comme Kerviel

Financial Times Alphaville révèle que le trader indélicat serait un dénommé K. A. Lié à UBS, il aurait étudié à l’Université de Nottingham et travaillait depuis septembre 2003 dans la banque d’investissement d’UBS. Depuis septembre 2006, il serait passé au «desk Delta One». C’est au sein de cette même division, active dans les produits dérivés, que le courtier de la Société Générale Jérôme Kerviel avait creusé un trou de 4,9 milliards d’euros en 2008 (cf. «Le vrai métier de Jérôme Kerviel», 23.02.2008).

La perte, qui représente 4% des fonds propres de la banque, efface presque entièrement l’économie de 2 milliards de francs attendue par la suppression de 3500 emplois annoncée le 23 août dernier.

«Bien que cette nouvelle soit regrettable, les fondamentaux de notre entreprise ne sont pas menacés», a déclaré le directeur général Oswald Grübel dans un e-mail envoyé à tous les collaborateurs de la banque en fin de matinée. «Nous vous demandons de vous concentrer sur vos clients, qui comptent sur votre soutien en ces temps difficiles», a-t-il ajouté.

«UBS n’avait pas besoin d’une telle affaire alors que la confiance du marché commençait à revenir dans la banque», réagit un analyste de la banque Bordier & Cie. Le seul «point positif» selon lui est que cet accident «plaide nettement pour un désinvestissement de la banque d’affaires au profit de la gestion de fortune».