Matières premières

Le trader genevois Trafigura attaqué par des analystes anonymes

Connu pour avoir fait tomber le trader Noble, le cabinet Iceberg Research dénonce la comptabilité de Trafigura qui surévaluerait des actifs pour masquer des milliards de dollars de pertes. Dans un communiqué de «clarification», le négociant justifie une méthode de calcul dite «conservatrice»

Iceberg s’est trouvé une nouvelle cible. Après avoir révélé les manipulations comptables du trader hongkongais Noble Group, qui s’est depuis effondré comme un château de cartes, le cabinet de recherche anonyme s’attaque à Trafigura. Il reproche à la maison de négoce genevoise de «cacher d’énormes pertes» dans sa comptabilité, dans un rapport publié mercredi.

Lire aussi: Noble Group publie un rapport censé restaurer sa crédibilité

Selon les calculs d’Iceberg Research, la dette accumulée de Trafigura atteindrait 33 milliards de dollars et, depuis 2016, les flux de trésorerie négatifs se monteraient à 7,3 milliards de dollars. Pour les analystes du cabinet qui s’est donné pour mission de «révéler la manipulation financière et les fraudes comptables», Trafigura a surévalué des centaines de millions de dollars de titres de créances émises par l’un de ses associés, afin de créer artificiellement du profit.

L’avertissement de l’auditeur externe

Concrètement, Iceberg évoque l’exemple d’une participation de 49,5% dans un port de minerais de fer dans le sud-est du Brésil. La part dans l’infrastructure, qui ne tournerait qu’à 20%, est valorisée à 42 millions de dollars. Mais Trafigura détient pour 490 millions de dollars de titres de dette, remboursable en fonction des stocks transitant par le port.

Document à l’appui, le cabinet rappelle que l’auditeur E&Y a exprimé le 13 août 2018 des doutes sur les perspectives commerciales de l’infrastructure, soulignant qu’il «dépend encore du soutien financier de ses actionnaires et/ou de tiers» alors qu’il est opérationnel depuis 2016. La valeur des titres d’investissement du port, négociés en bourse, a chuté de quelque 85% entre 2015 et 2019, selon les données Bloomberg. Ce qui n’est pas reflété dans le rapport comptable de Trafigura.

Contactée par Le Temps, la maison de négoce a fait parvenir dans la soirée de mercredi un communiqué de «clarification» concernant son investissement brésilien. Elle y justifie ses méthodes de calcul insistant sur son «approche conservatrice de valorisation de ses actifs».

L’offensive médiatique d’Iceberg survient dans un contexte tendu pour les activités minières des grands négociants. Les profits de la division métaux et minerais du négociant genevois se sont contractés d’un tiers, à 437 millions de dollars. Iceberg Research a déjà promis d’ouvrir de nouveaux chapitres comptables.

Mise à jour mercredi soir: ajout communiqué de Trafigura

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