Pétrole

Comment le trader genevois Vitol a sauvé la rébellion libyenne

En 2011, le leader mondial du trading pétrolier a vendu du carburant aux rebelles de Benghazi, en échange de brut. Une décision «dangereuse», racontée par le patron de Vitol, Ian Taylor, au sommet des matières premières à Lausanne

Il est rarissime que les traders en matières premières racontent leur rôle, discret mais parfois déterminant, en politique. Et notamment dans les conflits compliqués du Moyen-Orient. Le patron du trader pétrolier Vitol, Ian Taylor, a enfreint cette règle de discrétion mardi à Lausanne, en dévoilant quelques détails sur l'implication de sa société au début de la guerre civile qui a emporté Mouammar Kadhafi, en 2011.

Interrogé dans le cadre du «FT commodities global summit», qui rassemble l'élite du secteur des matières premières, Ian Taylor a raconté comment Vitol avait décidé d'aider les rebelles libyens alors que le régime de Kadhafi n'était pas encore tombé.

Décision «dangereuse, voire stupide»

«Nous avons pris un risque très très calculé, a-t-il expliqué. Les rebelles avaient désespérément besoin de produits pétroliers raffinés, mais ils contrôlaient les installations produisant du brut. Ils nous ont promis du brut en échange de produits. Je suis allé à Benghazi [alors bastion des rebelles dans l'est de la Libye]. On pourrait dire que c'était une décision dangereuse, voire stupide. Mais notre métier est basé sur la confiance, et ces gens sont dignes de confiance. Quand ils disent qu'ils vont vous payer, ils le font.»

La confiance dans la capacité des interlocuteurs les plus improbables à rembourser est un élément central du trading de matières premières, selon Ian Taylor. «Les gens vous remboursent. Les Cubains nous ont remboursé lorsque Chavez nous a pris notre business de sucre contre pétrole» sur l'île communiste, a ajouté le patron de Vitol.

J'ai reçu des appels en pleine nuit de rebelles qui nous demandaient plus de produits pour leurs hôpitaux.

Mais le cas libyen était encore plus épineux. «J'ai reçu des appels en pleine nuit de rebelles qui nous demandaient plus de produits pour leurs hôpitaux, a expliqué Ian Taylor. C'est là que le fait d'être une entreprise privée [donc non cotée en bourse, avec une gouvernance simple, ndlr] nous a aidés. J'ai pu appeler mes partenaires au milieu de la nuit pour leur demander: qu'est-ce qu'on fait?»

Ian Taylor a aussi admis que son pari découlait de la conviction que les rebelles libyens était «du bon côté de l'histoire».  

Quoique née à Londres, Vitol est légalement et fiscalement une société suisse, basée à Genève, qui figure régulièrement en tête des entreprises helvétiques par chiffre d'affaires.

Lire aussi: notre suivi du FT commodities global summit: L'excès de stocks, risque majeur pour le prix du pétrole en 2016

Publicité