Pétrole

Les traders suisses continuent d’inonder l’Afrique de l’Ouest de «dirty diesel»

Un rapport néerlandais dénonce la vente de mélanges pétroliers qui ne respectent pas les normes européennes. La pratique est pourtant légale, tant que le carburant n’est pas brûlé sur le Vieux-Continent

Le «dirty diesel» refait surface. Les groupes pétroliers et les traders indépendants continuent à écouler des carburants en Afrique de l’Ouest qui ne respectent pas les normes européennes, souligne un rapport du Ministère néerlandais des transports et de l’eau, présenté lundi au parlement.

Parmi les conclusions de l’étude de 48 pages portant sur 44 pétroliers en partance pour l’Afrique de l’Ouest en 2017: leur cargaison contient un taux de soufre jusqu’à 300 fois plus élevé que les maxima autorisés en Europe ainsi que l’utilisation «à large échelle» de deux substances cancérogènes, le manganèse et le benzène. Les noms des entreprises n’apparaissent pas dans le rapport mais plusieurs traders suisses sont actifs sur ce marché.

Des mélanges opaques

Dans son ensemble, le secteur pétrolier est accusé «d’optimiser au maximum» le laxisme des législations ouest-africaines en «utilisant des carburants polluants et de basse qualité issus de mélanges», selon le communiqué du service néerlandais des inspections environnementales et du transport (ILT).

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Ces mélanges appelés «blending» n’ont rien d’illégal en soi: à condition que ces carburants polluants produits en Europe n’y soient pas utilisés. Mais, pour l’ILT, l’opacité entourant la composition des carburants empêche les utilisateurs, les autorités et les ports depuis lesquels ils sont transportés «d’avoir une image fiable des risques encourus».

ILT évoque notamment l’étude «Dirty Diesel», publiée en septembre 2016 par l’ONG suisse PublicEye, comme l’une de ses motivations à faire la lumière sur ces pratiques. Marc Guéniat, de PublicEye, souligne l’importance de la validation de ses conclusions par les autorités néerlandaises, «qui prennent leurs responsabilités en tant que centre de production et d’exportation de ces carburants nocifs».

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Les ONG devraient porter leurs critiques vers les pays ouest-africains. Nous nous contentons de suivre leurs règles

Un trader lors du dernier FT Commodities Global Summit de Lausanne

Du côté des traders, on rappelle qu’aucune action légalement répréhensible n’a été commise et que les standards africains sont ceux qui «étaient en vigueur en Europe il n’y a pas si longtemps». Lors du dernier FT Commodities Global Summit de Lausanne, un trader ironisait: «Il est bien sûr plus facile de pointer du doigt les grandes multinationales. Les ONG devraient porter leurs critiques vers les pays ouest-africains. Nous nous contentons de suivre leurs règles.»

Fin 2016, plusieurs pays africains avaient déclaré vouloir bloquer les importations de carburants hautement sulfureux. Au Nigeria, les discussions sont pourtant bloquées en raison des incertitudes liées à une éventuelle hausse de la facture énergétique.

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