Le trading à haute fréquence sous enquête

Le procureur de New York veut lutter contre des «pratiques déplacées»

La nouvelle diffusée mardi matin par Bloomberg a été reprise peu après sur le compte Twitter de l’intéressé. Le procureur général de New York se prépare à lancer une enquête sur le trading à haute fréquence (HFT). Selon l’agence financière, Eric Schneiderman s’interroge sur les accès privilégiés dont aurait profité cette finance qui passe ses ordres plus vite qu’un clin d’œil. Les bourses de New York, tels le NYSE ou le Nasdaq, ou les plateformes privées (dites «dark pools») seraient visées.

Hier encore, lors d’une conférence qu’il donnait à la New York Law School, Eric Schneiderman a déclaré que «ce nouveau type de comportement prédateur donne à un petit segment de l’industrie un énorme avantage sur tous les autres concurrents et leur permet d’utiliser de nouvelles technologies pour récolter des profits énormes basés sur des avantages très, très petits mais néanmoins injustes». Il a parlé de «pratiques déplacées».

Le procureur fait notamment référence à l’exécution privilégiée des ordres en bourse, comme le permettent les services de colocation. Ou encore à l’accès plus rapide à certaines informations. En février, après la parution d’un article du Wall Street Journal évoquant ce type d’avantage, l’agence Business Wire, contrôlée par le milliardaire Warren Buffett, a mis fin à un service taillé sur mesure pour les traders à haute fréquence. «Une formidable victoire», selon le procureur.

Virtu visé

La démarche d’Eric Schneiderman intervient une semaine après l’annonce d’une prochaine entrée en bourse de Virtu, un des plus grands acteurs du HFT. A cette occasion, la société a révélé ses comptes, jusqu’ici secrets. Un chiffre a particulièrement retenu l’attention: un seul jour de perte sur les 1238 passés sous revue. D’aucuns ont considéré une telle performance comme impossible. Hier, le blog Zero Hedge s’interrogeait si l’action du procureur n’allait pas «tuer» cette entrée en bourse. La société est valorisée jusqu’à 3 milliards de dollars.

La semaine passée, l’ESMA, le gendarme européen de la finance, a estimé que 60% des ordres et 22% des transactions réalisées en Europe l’étaient par des traders HF. Les chiffres sont réputés supérieurs aux Etats-Unis.