On le disait en pleine forme. Remis d’un cancer du poumon qui avait failli l’emporter l’an dernier. Claude Dauphin, l’un des géants de l’industrie suisse des matières premières, est pourtant mort mardi à Bogota, en Colombie, à l’âge de 64 ans, a annoncé son entreprise Trafigura dans un communiqué.

Claude Dauphin restera à tout jamais un mystère. De sa vie, il n’a donné qu’une seule bribe d’interview, sans révéler les secrets qui ont fait de lui l’un des négociants en matières premières les plus redoutables de la planète.  Travailleur compulsif, ce fils d’un négociant normand en ferraille dirigeait depuis Genève l’une des plus grandes entreprises mondiales de commerce de pétrole et métaux. Sa force de travail, son imagination dans le commerce étaient légendaires. On prétend qu’entre deux avions, il se posait brièvement à Genève, le temps que son épouse lui remette une valise d’habits propres. Avant de repartir aussitôt pour conclure de nouveaux deals, de nouveaux contrats, sa passion dévorante.

Sa disparition «crée un vide, c’était un vrai entrepreneur, il est parti de quasi zéro pour faire un groupe multinational», commente Jean Claude Gandur, un magnat genevois du pétrole qui l’a croisé à plusieurs reprises au cours de sa carrière. Claude Dauphin avait été formé à l’école du commerce pur et dur, celle de Philipps Brothers et de Marc Rich dont il avait été un proche collaborateur. Chez Trafigura, fondée en 1993, il avait insufflé une culture d’agressivité et de performance, allant chercher les contrats pétroliers en Angola, au Zimbabwe, au Kurdistan… En Côte d’Ivoire, il avait fait six mois de prison en 2006-2007, lorsqu’un bateau affrété par Trafigura avait déversé des déchets pétroliers autour d’Abidjan.

Depuis deux ans, Claude Dauphin avait renoncé à ses fonctions exécutives chez Trafigura et désigné un successeur, l’Australien Jeremy Weir. Il restait le patron incontesté de l’entreprise. «Tant qu’il sera là, ce sera lui qui commandera», disaient les connaisseurs du secteur. Trafigura va devoir évoluer sans lui.