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Trafigura – qui a commencé a livrer du fioul à l'Angola dans les années 1990, alors que le pays est déchiré par la guerre civile – bénéficiait depuis 2002 d'un quasi-monopole sur l'importation de produits pétroliers raffinés.
© AFP Photo/Fabrice Coffrini

Matières premières

Trafigura perd son monopole en Angola

Déjà bousculé en Russie, le géant genevois du pétrole perd son monopole historique sur la distribution de carburant en Angola. Il restera toutefois lié au pouvoir de Luanda via des co-entreprises

L’annonce pourrait signer la fin d’une relation historique. Celle qui unit depuis plus d’une décennie le géant pétrolier genevois Trafigura à l’Angola. Dès l’année prochaine, le pays ouest-africain révisera sa tactique pour l’importation des produits pétroliers. C’est ce qu’a annoncé Isabel dos Santos, présidente de la société pétrolière d’Etat Sonangol et fille du chef de l'Etat José Eduardo dos Santos, en début de semaine dernière dans une interview pour le quotidien britannique Financial Times.

Trafigura – qui a commencé à livrer du fioul à l’Angola dans les années 1990, alors que le pays est déchiré par la guerre civile – bénéficiait depuis 2002 d’un quasi-monopole sur l’importation de produits pétroliers raffinés. Le pays lusophone est un marché lucratif pour le négoce de matières premières. Deuxième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne, l'Angola manque de capacité de raffinage et doit importer 80% de son combustible. Un paradoxe qui avait jusqu’à présent fait les affaires de Trafigura, dont certains des employés bénéficiaient de liens étroits avec le pays. En 2013, l’ONG Public Eye (ex-Déclaration de Berne) estimait le contrat liant la maison genevoise de négoce et l’Angola a 3,3 milliards de dollars par an.

Regain de concurrence au pays des monopoles

Une manne désormais menacée, à en croire les déclarations d’Isabel dos Santos. Fille du président angolais, la femme d’affaires représente le bras entrepreneurial de la famille qui règne sur le pays depuis 37 ans. A la tête d’un empire financier qui va des télécommunications aux compagnies minières d’Etat ou à la banque, Isabel dos Santos a été nommée par décret présidentiel en juin 2016 à la tête de Sonangol avec le mandat de restaurer sa «santé financière». En clair, rendre la compagnie d’Etat plus profitable.

«Pour cela, il faut faire en sorte… d’acquérir les produits aux prix les plus compétitifs», a déclaré la milliardaire. Trafigura vient également de perdre son «Monsieur Angola», Mariano Marcondes Ferraz, qui a dû démissionner pour son implication personnelle dans le scandale Petrobras au Brésil.

En réalité, le statut privilégié de Trafigura a déjà été remis en cause en janvier dernier, lorsque Vitol, son principal concurrent, a obtenu un contrat d’un an pour la livraison d’essence et de gaz de pétrole liquéfié. Un regain de concurrence au pays des monopoles, à mettre sur le compte de la crise de liquidités traversée par l’Angola. Le pays, qui tire du pétrole près de 70% de ses recettes fiscales et 40% de son Produit intérieur brut, a été gravement touché par la chute des cours, passés de 114 dollars en 2014 à 46 dollars fin novembre – juste avant l’accord de l’OPEP visant à limiter la production.

Donner des gages au FMI

En affichant sa volonté de réformer son système pétrolier, le gouvernement dos Santos cherche également à «donner des gages à la communauté internationale et à ses partenaires économiques en affichant sa volonté de réformer son système pétrolier», explique Didier Péclard, enseignant-chercheur au Global Studies Institute de l’Université de Genève. En avril, Luanda a sollicité l’assistance financière du Fonds monétaire international (FMI). Un éventuel plan d’aide serait conditionné à des mesures d’économies et à des réformes structurelles.

Malgré tout, parmi les observateurs du secteur des matières premières, peu croient à la fin de l’aventure angolaise pour Trafigura. «Malgré la fin du monopole, les relations incestueuses entre Trafigura et le pouvoir angolais demeurent», dénonce Marc Guéniat, de l'ONG Public Eye.

Le groupe genevois est encore actif dans le pays via des participations dans des coentreprises (joint ventures) avec l’Etat angolais comme le réseau de stations-service et de stockage de carburant Puma Energy. «Sonangol et Cochan (détenue par un ex-général angolais, proche du pouvoir, ndlr) restent actionnaires de Puma Energy, à hauteur respectivement de 30% et 15%, ce qui est loin d’être négligeable dans une multinationale de sa taille», complète Marc Guéniat.

Une mine à 265 millions

Contacté par Le Temps, Trafigura n’a pas répondu à nos sollicitations. Ce que l’on sait c’est que le groupe a perdu 12% de son bénéfice net sur le dernier exercice fiscal, malgré une augmentation de 40% des volumes de produits pétroliers. En juin, la vente des parts d’une mine de minerai à l’Etat angolais pour 265 millions de dollars a permis à Trafigura de ne pas se retrouver dans les chiffres rouges, selon Bloomberg.

Mais une éventuelle baisse des contrats angolais n’est pas non plus de nature à affaiblir durablement Trafigura, estime Mohab Kamel, observateur du secteur pétrolier et cofondateur de l’entreprise genevoise de consulting Magma Oil. «On verra à l’avenir un groupe moins attaché à une région spécifique. C’est le cours normal des choses. Trafigura est désormais davantage tournée vers ses activités de finance de négoce.»

Pour cet ancien de Mercuria, un retour des banques dans le secteur du négoce ou un changement des taux d’intérêt seraient davantage de nature à inquiéter la direction de Trafigura. Tout comme une nouvelle chute des cours pétroliers.

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