Ce n'est pas la critique envers le «système anglo-saxon». Ni une révolte de classe. Parmi les femmes et les hommes faisant, vivant, scrutant Wall Street, règne pourtant un sentiment de trahison de la part de banques ayant abandonné leur rôle fondamental - allouer le capital au sein de l'économie. Pour se transformer en simple fonds d'investissements à risque spéculant non plus pour leurs clients, mais dans le seul but d'accroître les profits du groupe... et de dirigeants obnubilés par la petite PME personnelle gérant leur patrimoine.

Reporter suivant depuis des années l'actualité financière locale, Isabelle Clary ne peut réprimer une certaine amertume alors que le soir tombe sur son bureau déserté. «Les banques ne cherchaient plus à accorder ces prêts immobiliers à l'origine de la crise - c'était la tâche de milliers de petits courtiers d'en faire signer un maximum -, elles étaient obsédées par les commissions perçues lors de la transformation de ces prêts en produits financiers.» La suite est connue Présentés comme le placement idéal, ces paquets de dettes déclenchèrent la pire crise financière depuis 1929. «Tant que cela rapportait, chaque échelon servait ce système défaillant, à la complexité absurde», poursuit la journaliste de Pensions & Investments.

Perversion du système

Les groupes financiers avaient depuis longtemps abandonné les activités de «banque à papa». Installé à une heure de train de Grand Central, près de Greenwich - l'épicentre des hedge funds -, Full Circle Capital en est la meilleure preuve. Ce fonds est spécialisé dans le «asset based lending». Un terme complexe cachant un métier simple: celui de banquier, consistant à accorder des prêts de 5, 10 ou 20 millions de dollars aux entreprises. «Les grandes banques avaient abandonné cette activité, elles ne voulaient plus prêter qu'aux compagnies ayant besoin de services de banques d'affaires - organisation d'émissions de titres, d'entrée en bourse... - autrement plus rémunérateurs», relate son responsable, Robert Blum. Dans le pays du crédit facile, il y avait «un manque de financements pour des prêts inférieurs à 100 millions».

Révolte, également des responsables de hedge funds menacés de fermer en raison de la faillite de la banque assurant leurs opérations de courtage - leur «prime broker» - à qui ils avaient dû confier leurs fonds. «Notre métier est d'investir sur les marchés, pas de recruter des avocats pour récupérer nos actifs à l'issue d'une procédure de liquidation!» s'emporte le gérant d'un hedge fund installé sur la 5e Avenue. Là réside peut-être l'impact le plus profond de cette crise: la disgrâce des banquiers. Leur réhabilitation prendra des années.