A côté de l’establishment politique et économique, le WEF de Davos attire aussi des entrepreneurs, plus ou moins en marge ou plus ou moins visionnaires, venus promouvoir leurs projets aux côtés des grands de ce monde. L’un de ces francs-tireurs s’appelle Bibop Gresta. Il prévoit de créer des trains pouvant transporter 50 passagers à plus de 1200 km/h, dans un tunnel sous vide d’air suspendu à 7 mètres au-dessus du sol, d’ici 2020.

Concept imaginé par Elon Musk

Créée en 2014, sa société Hyperloop Transport Technologies (HTT) est l’une des start-up qui cherchent à développer ce concept de transport ultrarapide imaginé en 2013 par Elon Musk, le fondateur de Tesla et Space X.

En route vers ce projet futuriste, HTT s’apprête à réaliser une étude de faisabilité sur une future liaison à très haute vitesse entre Brno, en République Tchèque, et la ville slovaque de Bratislava, à 80 km de distance. Basée dans un modeste bâtiment de la banlieue de Los Angeles, Hyperloop dispose d’accords de ce type avec Abou Dhabi et la Californie.

«La Slovaquie est le premier pays qui nous a répondu, parmi les 21 gouvernements que nous avons contactés pour qu’ils nous donnent des terrains où construire notre première infrastructure», explique l’Italien d’origine, costume noir un peu voyant et baskets montantes blanches Louis Vuitton, tout en cherchant un endroit tranquille dans la frénésie d’un grand hôtel davosien où il n’a pas loué de chambre.

La Suisse est un suiveur en matière de transports

Contactée elle aussi, la Suisse n’a pas encore répondu, reconnaît l’ancien informaticien de Telecom Italia: «Les discussions initiales n’ont rien donné de concret pour le moment. La Suisse est un suiveur en matière de transports, pas un innovateur, je suis désolé de le dire».

Ce manque d’intérêt suisse s’explique peut-être par le projet de Cargo Sous Terrain (qui acheminerait du fret via un tunnel souterrain entre Zürich et Härkingen, dans le canton de Soleure) et par la qualité du système de transport ferroviaire.

«Vos trains sont peut-être à l’heure, mais à quel prix? Ils sont entièrement subventionnés par les finances publiques, s’enflamme le créateur de l’incubateur italien Digital Magics. Cette vision doit changer: le coût de l’infrastructure et son entretien sont trop élevés. Cet argent devrait être investi dans l’éducation et l’avenir du pays, pas dans des trous noirs d’infrastructure.»

A 1220 km/h à 7 mètres au-dessus du sol

Côté vision, Bibop Gresta n’en manque pas. D’un diamètre de moins de 3 mètres, les futures capsules d’Hyperloop transporteront jusqu’à 50 passagers à 1220 km/h, dans un tunnel de 3,65 mètres de diamètre juché sur des pylônes d’environ 7 mètres de hauteur.

Lancés toutes les 30 à 40 secondes, ces trains à lévitation passive pourraient transporter 3400 passagers par heure, 67 000 par jour ou 24 millions par an. «De quoi remplacer l’ensemble de la flotte aérienne», se réjouit celui qui a également assuré des émissions de divertissement à la TV ou la radio italiennes, et même chanté, notamment à Lugano (TI), pendant une période.

Grâce à des panneaux solaires ou à l’éolien, le système «produit 30% d’énergie de plus que ce que le train consomme» et permettrait également d’acheminer de l’électricité, de l’eau – grâce à un équipement de dessalinisation – ou l’accès à internet vers les villes desservies, précise-t-il.

40 millions de dollars le kilomètre

Le confort sera assuré par une accélération maintenue en dessous de 1 G, «moins qu’un avion ou qu’une voiture de sport» et la sécurité sera totale, car une rame sera immobilisée en moins de 7 secondes en cas d’urgence, assure Gresta.

Tout cela a un prix: 40 millions de dollars le kilomètre en moyenne (soit l’équivalent en francs). Ou de 6 à 8 milliards de dollars pour le tronçon San Francisco – Los Angeles. Mais l’entreprise de 35 employés ne compte rien construire: elle vendra sa propriété intellectuelle aux acteurs publics ou privés qui bâtiront et exploiteront les infrastructures.

Crowdsourcing et crowdfunding

Cette philosophie en architecture ouverte s’applique également à son expertise (alimentée en crowdsourcing par plus de 800 spécialistes issus de 42 pays) et à son financement, organisé par l’incubateur californien JumpStarter, créé par l’autre cofondateur de HTT, Dirk Ahlborn.

Moins chers que ceux des trains ou avions actuels, les premiers billets du futur réseau européen de Hyperloop devraient être en vente dès 2020, conclut Bibop Gresta, avant de s’élancer vers un autre rendez-vous en marge du sommet davosien.