Vaincra-t-on un jour le sida? De nombreux traitements existent contre cette maladie, mais aucun ne permet d’en guérir. La société genevoise Transcure Biosciences aimerait y remédier.

Aujourd’hui, le but des traitements anti-VIH est d’empêcher la prolifération du virus en bloquant une des étapes de son développement. Ces traitements ont d’abord été administrés sous forme de trithérapies mais on parle désormais de multithérapies et les associations vont de deux à cinq médicaments selon les cas. «Il s’agit de traitements que la personne malade doit prendre à vie, avec des effets secondaires importants. Le coût de la prise en charge est évalué à un million de francs par patient», relève Patrick Nef, un entrepreneur qui cherche à développer un traitement capable d’éradiquer le virus du sida de manière définitive.

Avec Roberto Speck, professeur en infectiologie à l’Hôpital universitaire de Zurich, Karl-Heinz Krause, directeur du Laboratoire de thérapie cellulaire expérimentale des Hôpitaux universitaires de Genève et le médecin Michael Pepper à Pretoria en Afrique du Sud, Patrick Nef a fondé la société Transcure Biosciences à Genève, à un jet de pierre des HUG.

Tout a commencé en 1996. Des chercheurs américains ont découvert le mécanisme de l’infection au VIH. Pour pénétrer dans les principales cellules cibles du système sanguin – les lymphocytes T (globules blancs) – le virus du sida doit s’attacher à un récepteur situé sur la membrane cellulaire, connue sous le nom de CD4. Plus exactement, c’est son interaction avec un autre récepteur en surface, baptisé CCR5, qui lui permet de pénétrer dans les lymphocytes T.

Plusieurs équipes de chercheurs à travers le monde veulent inhiber l’interaction entre le virus et le CCR5. Pfizer figure comme précurseur, avec la commercialisation du maravioc. Plusieurs autres médicaments du même genre sont actuellement en phases finales de développement clinique.

De son côté, Transcure Biosciences a développé un procédé qui consiste à prélever des cellules souches de la moelle osseuse (cellules hématopoïétiques) des patients malades et de les modifier génétiquement pour empêcher l’expression du CCR5. «Elles peuvent dès lors être réimplantées chez le patient. Il s’agit d’une greffe autologue, explique Patrick Nef dans son bureau genevois. Nous parvenons à rendre ces cellules CCR5 négatives grâce à une famille de virus – appelée Lentivector – qui exprime un ARN spécifique pour bloquer l’expression des CCR5 à des niveaux jamais obtenus. Il s’agit d’un outil moléculaire puissant et spécifique. Il s’intègre à l’ADN génomique et présente l’avantage de comporter potentiellement peu de risque de toxicité.»

Le projet reste toutefois très en amont. La phase clinique I démarrera en Suisse et en Afrique du Sud qu’à partir de 2013. «Nous mettons en place toutes les étapes jusqu’en phase IIa/IIb. Celle-ci devrait être terminée d’ici à trois ou quatre ans. Nous cherchons à lever 7 à 8 millions de francs pour ces études», souligne l’entrepreneur qui a précédemment travaillé chez F. Hoffmann-La Roche, Synosia, Faust Pharmaceuticals ou plus récemment pour la fondation Medicines for Malaria Venture. «Au plus tôt, un traitement sera proposé d’ici à huit ans. Nous réaliserons en co-développement la phase clinique III», prévoit-il.

Outre la transplantation de cellules déficientes, Transcure Biosciences prévoit de générer des revenus immédiats grâce à la vente d’un accès à des souris chimériques qui expriment le système immunitaire humain reconstitué. Ces souris permettent aux sociétés pharmaceutiques de tester des molécules agissant sur des maladies affectant le système immunitaire (sida, hépatite C, malaria, dengue). «Actuellement, il n’est pas possible de tester des molécules anti-sida sur le modèle animal», explique Patrick Nef. Roberto Speck et son équipe ont réussi à reconstituer le système immunitaire humain. Une animalerie va ainsi être créée à Archamps. Plusieurs sociétés pharmaceutiques ont déjà manifesté leur intérêt. Quant à Transcure Biosciences, sélectionnée par Venture Leaders, elle prévoit ainsi de générer un chiffre d’affaires de 1,2 million de francs en 2013 et 2,5 millions de francs en 2014.

La start-up Transcure Biosciences fait partie des dix finalistes sélectionnés par Venture Leaders