Luxe

La transition de Richemont se voit dans les chiffres

Le chiffre d’affaires et les bénéfices du groupe ont progressé en 2017/2018. Mais leur croissance a été ralentie par des mesures exceptionnelles, notamment l’assainissement des canaux de distribution

A la fois décevants et encourageants. Les résultats annuels de Richemont, pour son exercice 2017/2018, clos fin mars, ont été accueillis de manière partagée, vendredi.

Décevants, parce qu'ils sont inférieurs aux attentes des analystes – à l’ouverture du marché à Zurich, vendredi, le titre a d’ailleurs chuté de 7%. Le chiffre d’affaires du groupe de luxe genevois a augmenté de 3%, à 10,9 milliards d’euros, tandis que son bénéfice opérationnel a progressé de 5%, à 1,84 milliard d’euros. Au vu de la vigueur de la reprise observée sur les marchés horlogers, les investisseurs s’attendaient à une plus forte amélioration. L’action Richemont a toutefois terminé la séance en recul de 5,27%, à 144,30 francs.

Mais les comptes publiés sont aussi, de l’avis des analystes, de bon augure. En effet si les chiffres n’ont pas été à la hauteur des attentes, c’est en raison de la période de transition que traverse le propriétaire de Cartier, Lange & Söhne, Panerai ou Piaget.

Une période de transition saluée par ceux qui suivent Richemont de près. «Ces résultats sont néanmoins solides, souligne notamment Christophe Laborde, analyste chez Bordier. Ils montrent que Richemont est sur la bonne voie! Dans un contexte de reprise des marchés du luxe en Asie, aux Amériques et des flux touristiques en Europe, le groupe en a profité pour accélérer sa transformation (relance des marques, rachats de stocks, assainissement des réseaux de distribution), ceci, tout en étant peu aidé par les effets devises.»

Réduire le marché gris

Effectivement, les effets de changes ont réduit la progression des ventes de 5 points de pourcentage. Côté distribution, le groupe a racheté pour plus de 200 millions d’euros de stocks. «Notre approche du marché gris reste sans compromis», explique le président du groupe, Johann Rupert, cité dans un communiqué. «Nous avons procédé à de nouveaux rachats de stocks et resserré notre gestion du sell-in [ventes à destination du réseau de distribution], par rapport au sell-out [ventes au client final]».

Lors d’une conférence téléphonique, vendredi matin, le directeur financier, Burkhart Grund, a assuré que les rachats de stocks étaient désormais terminés. Pour René Weber, analyste de Vontobel, «ils ont été plus élevés que prévu. Mais c’est une bonne base de travail pour l’exercice en cours.»

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Richemont s’investit aussi pour améliorer ses canaux de distribution dans le numérique. Le groupe a annoncé cette semaine avoir réussi sa prise de contrôle du commerçant en ligne Yoox Net-a-Porter (YNAP). Le groupe souhaite arracher dans les prochaines semaines les 5% de l’actionnariat qui lui échappent encore, a insisté le directeur financier. Vontobel estime que ce rachat va, sur une année entière, contribuer à 20% des ventes et à 6% du résultat opérationnel.

Côté expertise, cette intégration va servir à apporter de nouvelles compétences dans l’e-commerce au sein du groupe. La question d’un remplacement du directeur technologique Jean-Jacques Van Oosten, qui n’aura travaillé que quatre mois à Bellevue, sera examinée plus tard, a indiqué Burkhart Grund.


Un nouveau poste de direction

En marge de la publication de ses résultats, Richemont a annoncé la création d’un nouveau poste de direction: celui de directeur des marques Mode et Accessoires – Dunhill, Lancel, Chloé, etc. Eric Vallat, 47 ans, était directeur général des cognacs Rémy Martin depuis 2014. Il a aussi travaillé chez LVMH et Christian Dior, entre autres. Son supérieur hiérarchique direct sera le directeur opérationnel du groupe, Jérôme Lambert. Son mandat débute le 1er juin prochain.

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