L’ensemble de l’industrie pétrolière était responsable de la marée noire dans le golfe du Mexique… et, du coup, BP et son sous-traitant Transocean respirent. La compagnie pétrolière, ainsi que l’entreprise de forage, devrait pouvoir éviter l’accusation de «négligence grave» après la publication d’un rapport des autorités américaines sur les raisons de l’explosion du puits de pétrole Macondo. Face à la justice, une telle charge aurait concentré la responsabilité sur une seule entreprise, et aurait triplé le montant de l’amende.

En bourse ce jeudi, Transocean, l’entreprise de forage, dont le siège est à Steinhausen (ZG) et qui est coté à Zurich (ainsi qu’à New York), clôturait en hausse de 3%. BP reculait de 0,5%, mais était en hausse de presque 7% sur la semaine. Seul Halliburton, l’autre sous-traitant très impliqué, chutait en bourse à New York, étant accusé par le rapport d’avoir installé un ciment défectueux.

Le rapport de la commission d’enquête nommée par la Maison-Blanche, dont des extraits ont été publiés mercredi soir, peut sembler sévère au premier abord. «Des erreurs et de mauvais jugements de la part de trois entreprises au moins – BP, Halliburton et Trans­ocean – ont contribué au désastre.» Parmi les fautes, l’enquête liste un mauvais design pour le ciment utilisé pour boucher le fond du puits, un test de pression dont les résultats médiocres avaient été ignorés, et un manque d’attention aux signes avant-coureurs de l’explosion.

Crucialement cependant, la commission conclut qu’aucune des trois entreprises n’a commis de faute sérieuse. «L’explosion n’est pas le résultat d’une série de décisions aberrantes faite par une industrie pourrie ou des officiels du gouvernement […]. Les causes sont systémiques.» En d’autres termes, c’est le fonctionnement de toute l’industrie pétrolière off­shore qui est à revoir. Son coprésident, William Reilly, en appelle à une réforme de la régulation de l’exploration pétrolière aux Etats-Unis.

Retour des dividendes?

Le rapport vient ajouter une pierre de plus à la normalisation progressive de BP. Le géant pétrolier, dont le cours avait chuté de 650 à 300 pence, est de retour autour de 500 pence. Transocean suit le même chemin, étant passé de plus de 100 francs à 46 francs, et est désormais autour de 70 francs.

Mardi, un autre grand soulagement – du point de vue de BP – était venu de Ken Feinberg, l’administrateur du fonds de compensation aux victimes de la marée noire. Selon lui, le fonds de 20 milliards de dollars (19,33 milliards de francs) mis de côté par BP sera «amplement suffisant». De plus, si l’entreprise évite l’accusation de «faute grave», elle pourra partager la faute avec Mitsui Oil Exploration et Anadarko, qui possèdent 35% du puits de pétrole Macondo. La facture finale se réduit donc pour BP, et les 40 milliards de dollars mis de côté pourraient être trop élevés.

Pour les actionnaires, tout cela laisse entrevoir l’espoir d’un retour au versement d’un dividende. «C’est désormais ce que le marché anticipe, même si le dividende doit être inférieur à ce qu’il était avant la marée noire», estime Irene Himona, analyste à la Société Générale. L’annonce est attendue pour le 1er février, lors de la présentation des résultats du 4e trimestre. C’est aussi à cette date que Bob Dudley, le nouveau patron de BP, présentera sa stratégie. Pas sûr que les 450 000 individus ou entreprises américains qui ont demandé compensation suite à la marée noire célèbrent cela.