Santé

Transparence limitée entre pharmas et médecins

50 entreprises pharmaceutiques se sont engagées à publier les avantages financiers en espèces ou en nature versés au corps médical et à des institutions de la santé en Suisse. La zone grise demeure importante

Les curieux intéressés à se promener sur les sites internet des entreprises pharmaceutiques qui se sont engagées à publier jusqu’à fin juin, pour la première fois, des données financières sur leurs relations avec les professionnels de la santé seront déçus. La transparence voulue par 50 entreprises qui adhèrent au code de conduite de la Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (EFPIA) n’est guère au rendez-vous.

Le plus souvent, ces données sont dissimulées en arrière-fond des sites internet suisses des sociétés. De plus, dans la majorité des cas, aucune synthèse n’est proposée. Il n’est dès lors guère utile de savoir que le Dr. X, à Lausanne, a touché 500 francs de Pfizer pour un service non précisé, ou que le Dr. Y, à Genève, s’est fait rembourser des frais de voyage pour 700 francs, s’il est impossible de voir d’un coup d’oeil combien Pfizer, ou Eli Lilly, a versé au total l’an dernier aux médecins et aux institutions de santé en Suisse.

Autorégulation

L’effort de transparence décidé par les entreprises pharmaceutiques repose sur une base volontaire. Il ne s’accompagne pas de sanctions en cas de cadeaux exagérés que constaterait le secrétariat de l’association faîtière Scienceindustries, chargé de la surveillance de cette autorégulation. De plus, les bénéficiaires de prestations peuvent exiger l’anonymat, ce qui entraîne la publication d’un sous-total agrégé.

Il est frappant de constater que de nombreux médecins, et, plus surprenant, beaucoup d’institutions de santé à but non lucratif, refusent d’apparaître comme bénéficiaires de dons ou de prestations de l’industrie pharmaceutique. En ce qui concerne la division pharmaceutique de Novartis, quelque 650 médecins touchent de l’argent, le plus souvent sous forme d’honoraires pour services rendus. Près d’un tiers d’entre eux ont décidé de rester dans l’anonymat, ce qui est autorisé par le code de conduite de l’EFPIA.

Anonymat exigé

Du côté des institutions, généralement des organismes de prévention et d’information sur divers problèmes de santé, ce taux d’anonymat est aussi élevé. Novartis a distribué l’an dernier 1,36 million de francs à 74 organisations qui ont requis l’anonymat. 9,5 millions, sur 16,2 millions, ont été consacrés à la recherche et développement (études cliniques par exemple).

Les montants annuels moyens généralement versés par entreprise et par médecin sont relativement modestes, soit quelque 1500 francs. Par contre, les dons à des institutions, souvent sous forme de sponsoring de manifestations touchant à la santé, peuvent atteindre des sommes importantes. Novartis a versé près de 300 000 francs à l’Ecole polytechnique de Zurich, contre 5000 francs à celle de Lausanne. L’Université de Bâle a touché 367 000 francs, et l’Ecole d’ophtalmologie de Lugano quelque 670 000 francs.

GlaxoSmithKline (GSK), qui a versé 2,7 millions de francs l’an dernier, a décidé de ne plus du tout subventionner la participation à des congrès médicaux, et refuse tout versement à un médecin ou à une institution qui exige l’anonymat.

Roche a versé l’an dernier 11,59 millions de francs, dont près de 7 millions à titre de frais de recherche et développement. La société européenne d’oncologie a par exemple touché 910 000 francs, alors que l’hôpital de Bâle a reçu 173 400 francs, et celui de Genève 105 300 francs. 76 médecins qui ont touché, en tout, près de 300 000 francs ont requis l’anonymat. Contrairement à GSK, Roche et Novartis acceptent de prendre en charge des frais de participation à des congrès qui peuvent atteindre plusieurs milliers de francs par personne.

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