Le transport aérien a été l'un des grands oubliés du Protocole de Kyoto, destiné à réglementer les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique. Mais il risque de ne plus faire longtemps exception et doit par conséquent se préparer de toute urgence à relever ce nouveau défi. Tel est le message principal de la table ronde organisée mardi à Genève lors du 3e congrès consacré par economiesuisse à l'aviation.

Dans le secteur des transports, l'avion n'est pas, et de loin, le principal émetteur de gaz à effet de serre. Responsable de 2% des émanations de CO2, il vient bien après l'automobile par exemple. Mais il connaît une croissance particulièrement rapide, qu'un des orateurs présents, Brad Till, directeur régional du marketing de Boeing, a estimée à 5% par an ces deux prochaines décennies. Sa part ne peut donc être considérée comme négligeable.

Découpler

«Comment découpler la croissance du trafic aérien de l'augmentation des gaz à effet de serre? Telle est aujourd'hui la question», a résumé Paul Steele, nommé récemment directeur des initiatives environnementales à l'Association du transport aérien international (IATA) après avoir été chef des opérations du Fonds mondial pour la nature (WWF). Et de décliner les domaines où des améliorations peuvent être attendues. La technologie d'abord, grâce à des moteurs moins gourmands, des carlingues mieux profilées et l'usage prévisible de biocombustible. La gestion du trafic ensuite, avec l'établissement d'un marché de crédits d'émissions. L'exploitation enfin, par le raccourcissement de certaines routes ou de nouvelles procédures de pilotage.

L'an prochain à Copenhague

Mais le temps presse, a insisté Raymond Cron, directeur général de l'Office fédéral de l'aviation civile. La profession doit s'autoréguler dans ce domaine sous la conduite de l'Organisation de l'aviation civile internationale (dépendante de l'ONU), sous peine d'être régulée de l'extérieur. Et elle doit le faire d'ici à décembre de l'an prochain, puisque c'est à ce moment, à Copenhague, que la communauté internationale a prévu d'organiser l'après-Protocole de Kyoto.

«Pour nous ce n'est pas un combat nouveau, a assuré Mary Ellen Jones, vice-présidente responsable de marketing chez le motoriste américain Pratt & Whitney. Nous nous efforçons depuis des dizaines d'années de produire des moteurs moins gourmands en combustible. Et nous avons investi un milliard de dollars pour mettre au point le prochain.» Quand économies rime avec écologie.