Quatre vols de ligne ont décollé jeudi de l’aéroport de Genève, contre près de 200 en temps normal en cette saison et l’aérogare principale demeure presque vide. Mais des signes indiquent qu’on voit la lumière au bout du tunnel, ici aussi. Des flèches pour gérer les flux de passagers ornent désormais le sol et un nombre croissant de commerces – la plupart restent fermés – et de guichets sont munis de vitres en plexiglas et de désinfectants. Aux embarquements, un siège sur deux est bloqué, tout comme dans la salle de presse de l’aéroport, plutôt remplie jeudi.

La direction de l’aéroport, celles d’EasyJet et de Swiss ont donné rendez-vous aux médias pour présenter un «plan de protection» pour les passagers ainsi que les dessertes choisies par les principales compagnies du tarmac à partir du 15 juin, jour 1 du monde d’après à Cointrin. Des conférences similaires se sont tenues jeudi à Kloten et à Bâle.

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Swiss étoffera ses activités avec 44 vols hebdomadaires depuis Genève vers 14 villes européennes, Francfort, Londres et Porto notamment, un programme qui pourrait se renforcer à partir du 28 juin. EasyJet annonce une reprise partielle de ses vols, vers Porto et Nantes surtout. «On adaptera l’offre selon la demande, qu’on mesure au gré des visites sur notre site même si les gens n’achètent rien», précise Jean-Marc Thévenaz, directeur d’EasyJet en Suisse.

Reprise «embryonnaire»

En Europe, un plan de vols limité sera établi au départ de 31 aéroports avec quelques liaisons intercontinentales. A Kloten, Swiss relance des vols vers l’Asie et les Etats-Unis. A Cointrin, il faudra patienter jusqu’à juillet pour voir une reprise des long-courriers (même si Ethiopian Airlines a fait une apparition le 22 mai), tandis que Bâle-Mulhouse dit «se préparer de manière intensive à la reprise du trafic».

Tout reste «embryonnaire», selon Jean-Marc Thévenaz: au niveau européen, EasyJet prévoit 346 vols par semaine contre près de 1900 vols par jour en juin 2019. Swiss veut assurer 15% des vols prévus pour cette période avant la pandémie, un chiffre qui devrait croître sans excéder les 60% à la fin de l’année, selon son directeur pour la Suisse romande, Lorenzo Stoll. «C’est notre intention mais ça dépendra de facteurs extérieurs», dit-il en faisant allusion aux directives sanitaires et aux restrictions aux frontières, qui vont évoluer. «EasyJet devrait augmenter sa présence de quinze jours en quinze jours», selon Jean-Marc Thévenaz.

Dans la salle de presse, on insiste sur les mesures de sécurité pour redonner confiance. Les transporteurs utilisent des désinfectants et, dans l’aérogare, les nettoyeurs sont sur le qui-vive, des boutons d’ascenseur (les gens doivent privilégier les escaliers roulants) aux tables. Les passagers éviteront tout contact physique en recourant aux smartphones, à l’enregistrement notamment. Des masques seront distribués et les fouilles de sûreté se feront de dos.

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Discours rassurants

Sur la qualité de l’air dans les cabines, discours rassurants également: «L’air est aspiré, verticalement, toutes les trois minutes, il est filtré, pur, presque autant que dans un bloc opératoire», selon Lorenzo Stoll. «99,97% des impuretés sont filtrées», renchérit Jean-Marc Thévenaz.

Cointrin et Swiss recommandent le port du masque, EasyJet et Bâle-Mulhouse le rendent obligatoire. «En Suisse, les bases juridiques à ce sujet sont floues et nous pensons que plus on impose de règles, plus il sera difficile d’en sortir», indique Lorenzo Stoll. «EasyJet opère dans différentes juridictions, souvent plus restrictives qu’en Suisse, on applique ces dernières», relance Jean-Marc Thévenaz. Les prix augmenteront-ils? Les cadres assurent que non, la demande étant faible et la concurrence inchangée. Ils pourraient être revus à la hausse dans un second temps.

Une deuxième vague? Ce serait «radical»

Quid en cas de deuxième vague? «Si elle est aussi importante que la première, ce sera radical, l’aviation est au bord du gouffre», selon Lorenzo Stoll. «Une deuxième vague serait différente car on a appris de la première, on est en mesure de réagir moins drastiquement», estime Jean-Marc Thévenaz. «Les médias ont bien relayé les messages de confinement, j’espère qu’ils relayeront bien ceux du déconfinement, vital pour l’économie.»

A combien se chiffrent les pertes? Seul André Schneider, directeur de l’aéroport, glisse un chiffre: elles seront supérieures à 50 millions de francs pour la plateforme. EasyJet réduit ses effectifs, Swiss et Cointrin y songent. Outre le chômage partiel, les transporteurs ont reporté la livraison de nouveaux appareils et bénéficié d’une aide étatique, suisse pour Swiss, britannique pour EasyJet.

Ils n’abandonnent pas leurs actions pour réduire leurs émissions. En novembre, EasyJet avait annoncé que ses vols seraient neutres en carbone (compensés par des aides financières à des organisations environnementales). La mesure demeure. Le groupe n’a pas non plus abandonné son projet d’avion électrique. Lufthansa – la maison mère de Swiss – soutient une start-up zurichoise qui veut créer un carburant qui n’émet pas de CO2, issu de l’énergie solaire.