Innovation

Du transport de containers aux crédits, la blockchain passe à l’âge adulte

Les projets se multiplient et les réalisations se concrétisent en matière de technologie blockchain, si l’on en croit le 6e Swiss Asset Management Day. Chacun devient-il sa propre banque ?

La blockchain, cette technologie de stockage des informations sur une base décentralisée et sûre, «passe à l’âge industriel», explique Andreas Kind, responsable des solutions industrielles au centre de recherche d’IBM à Zurich. Les gains d’efficacité à moindre coût ont été mis en évidence lors du 6e Swiss Asset Management Day consacré aux «réalités numériques» qui s'est tenu ce jeudi à Pfäffikon (SZ).

En termes d’authentification des transactions et de sécurité (impossibilité de piratage), l’impact est considérable. «Pour la première fois dans l’histoire, une technologie peut résoudre un conflit interpersonnel sans avoir affaire avec un tiers de confiance. A court terme, la blockchain aura en finance le même effet que les robots dans l’industrie», affirme Jutta Steiner, cheffe de la sécurité informatique chez Ethereum. 

Projets avec Union Pay et Maersk

Cette technologie touche aussi bien le commerce de détail que la santé, les transports, la finance et l’État.

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«Dans le transport de containers, il arrive que ces derniers arrivent avant les documents tant les services de douane et de certification prennent du temps», note Andreas Kind. IBM développe un projet dans ce domaine avec Maersk, l’un des plus grands armateurs, afin de numériser et de stocker sur une blockchain les informations nécessaires. «L’important est de garantir l’anonymat sur la blockchain mais aussi d’offrir un droit d’audit, par exemple pour éviter les problèmes de blanchiment», explique-t-il.

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Un autre projet d’IBM, avec le chinois Union Pays, permet l’échange de points accumulés avec des cartes afin d’en bénéficier en d’autres occasions et de ne pas être limité par une échéance. 

A-t-on encore besoin des banques? «Bien sûr, mais on assistera à une dissociation des services, à l’émergence de moyens de substitutions pour lever des capitaux, à une nouvelle façon de gérer le risque et la taille sera moins utile qu'aujourd'hui», répond Veronica Lange, cheffe de l’innovation auprès d’UBS.

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Les «smart contracts», ces programmes intelligents qui exécutent automatiquement des conditions prédéfinies, devraient faciliter l’échange d’actifs entre deux personnes, explique-t-elle. A l'ère numérique, les actifs physiques (art, diamants, immeuble) deviennent des «intangibles» et n’ont besoin que d’une «représentation numérique» pour être traités. De nouvelles formes d’investissement peuvent émerger, non seulement des monnaies (bitcoin, ether), mais des nouveaux actifs, comme un temps de travail ou un temps de bonheur (à condition de pouvoir le mesurer). La démocratisation de l’investissement peut autre être facilitée grâce au fractionnement des actifs. Pourra-t-on donc bientôt acheter un centième d’un tableau de maître?

Tous les problèmes ne sont pas résolus. «La frénésie qui entoure la blockchain va se réduire, mais cette technologie va s’imposer et rester, même si elle n’en est qu’à ses débuts», prévoit Andreas Iten, responsable de l'innovation technologique chez SIX. Jutta Steiner ajoute que les défis restent de taille en matière de sécurité, de standardisation et de droit. L'experte parle d'«alégalité» de la blockchain. Mais dans cinq ans, à son avis, on verra apparaître de très grands acteurs dans le domaine.

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