Le transport aérien européen ne pourra pas traverser le plus grand «grounding» de son histoire sans aide, si la paralysie devait durer plusieurs semaines, voire des mois, ont fait comprendre ce week-end plusieurs compagnies aériennes, dont Brussels Airlines. Message reçu cinq sur cinq à Bruxelles: dès dimanche matin, au quatrième jour de la paralysie causée par le gigantesque nuage de cendres jailli du volcan islandais Eyjafjöll, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a enjoint à la présidence espagnole de l’Union d’organiser une réunion des ministres des Transports des pays membres pour évaluer la situation.

Madrid indiquait quelques heures plus tard que la séance d’urgence devrait avoir lieu lundi après-midi, par vidéoconférence. Eurocontrol, l’organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne, aura auparavant elle-même tenu une réunion d’urgence. «Après les banques, on s’attend à devoir aider les transporteurs aériens», a commenté à l’AFP un officiel européen, sous couvert d’anonymat.

Le fret bloqué aussi

Dès vendredi, l’Association internationale des compagnies aériennes (IATA) avait chiffré à 200 millions de dollars par jour la perte de revenus découlant de la mise à l’arrêt forcée de la majeure partie de la flotte européenne (trois quarts des vols étaient annulés dimanche). Mais cette évaluation ne prend pas en compte tous les frais «collatéraux»: le déplacement d’équipages pour assurer petit à petit une reprise des opérations, la maintenance d’appareils bloqués hors de leurs bases ainsi que les coûts de prise en charge des passagers en rade.

Ce manque à gagner ne dit en outre absolument rien de l’impact économique subi par les entreprises qui voient leur fret aérien bloqué. Rien qu’entre l’Europe et l’Asie, 7000 tonnes de marchandises sont envoyées chaque jour par les airs dans le sens est-ouest, et 4000 tonnes dans l’autre sens, indique un analyste cité par le Wall Street Journal. La moitié de ces volumes au moins seraient affectés par l’éruption de l’Eyjafjöll. Si le stockage pendant quelques jours d’appareils électroniques ou d’articles de luxe ne pose pas de problème, les produits frais devront être jetés. Induisant des pertes sèches pour leurs producteurs.

Dimanche, toujours suspendues aux évolutions météorologique et volcanologique, aucune compagnie ne se hasardait à estimer l’impact chiffré qu’aurait cette crise sur ses affaires. «Nous nous concentrons sur la clientèle. Il est beaucoup trop tôt pour dire ce que nous allons perdre. Tout dépendra d’ailleurs de la durée totale de la paralysie à laquelle nous sommes forcés», a ainsi déclaré au Temps Jean-Claude Donzel, porte-parole de Swiss. La compagnie en appelle-t-elle aussi à l’aide des pouvoirs publics? «Non. Nous pouvons résister quelques jours sans être asphyxiés. Mais nous sommes bien sûr préoccupés.»

Un début de polémique commençait par ailleurs à poindre dimanche sur la réelle nécessité de fermer tout l’espace aérien touché par le nuage de cendres. Les compagnies KLM et Lufthansa ont demandé, et obtenu, l’autorisation de procéder à des vols tests pour vérifier si le nuage avait un réel impact sur leurs appareils.

«Paranoïa»

Pour la société de conseil australienne Centre for Asia Pacific Aviation, la réaction des responsables européens de la sécurité aérienne illustre en partie «la paranoïa sécuritaire qui a crû depuis les attentats du 11 septembre 2001». Cités par le Wall Street Journal, elle rappelle en particulier que l’éruption dans les années 1990 d’un autre volcan islandais, le Vatnajokull, n’avait entraîné qu’un minimum d’annulation de vols.