Mobilité

Transports publics: les villes redécouvrent leurs voies d’eau

Plusieurs métropoles rêvent de développer des transports de passagers sur l’eau, à l'image de l'expérience SeaBubble. Objectif: limiter l’engorgement des centres-villes et la pollution

De nombreuses villes sont séduites par les voitures flottantes. Cet engouement est le symptôme d’une difficulté majeure: les zones urbaines sont à bout de souffle. Pour désengorger les villes, les municipalités veulent bannir la voiture polluante. Un objectif qui implique de trouver de nouveaux modes de transport, ce qui motive des démarches telles que celle de la SeaBubble, présentée mercredi sur le Léman. Outre des plans d'eau, ces capsules volant sur l'eau sont envisagées pour certaines aires urbaines, comme la liaison de la Silicon Valley à la baie de San Francisco.

A ce propos: A bord d'une SeaBubble, voler sur le Léman

«Le système actuel arrive à saturation. L’enjeu est de garantir la mobilité, on doit permettre aux personnes de circuler et de se rencontrer», affirme Patrick Rérat, professeur de géographie des mobilités à l’Université de Lausanne. Les projets foisonnent. Des vélos sont mis en libre-service, la marche est remise au goût du jour et une multitude de projets technologiques émergent.

Délaissées, les voies d’eau sont également une source d’espoir. Au fil des décennies, l’utilisation des fleuves et des lacs s’est limitée aux activités touristiques. «Pendant très longtemps, les lacs suisses étaient également une solution pour transporter des personnes et des marchandises. Ce fonctionnement s’est perdu avec l’arrivée du chemin de fer et des voitures individuelles», rappelle le chercheur. A quelques exceptions près. Le réseau des Mouettes permet de traverser la rade de Genève. A Bâle, un système de bacs est également à disposition des habitants qui souhaitent traverser le Rhin. Ces embarcations naviguent sans moteur, uniquement par la force du courant.

Concurrence entre les villes

Pour les grandes métropoles, ces petits bateaux sont les transports publics de demain. Mais Patrick Rérat souligne une limite importante des fameuses «bulles» volantes: leur taille. Seulement quatre voyageurs peuvent monter à bord. Une capacité très faible en comparaison avec une rame de métro ou un bus. Et ce n’est pas le seul défi à relever. «On pourrait traverser rapidement la rade de Genève avec ces bateaux. Mais il faut également penser à la connexion avec les autres transports publics pour que le réseau soit attractif», nuance le chercheur.

Les grandes villes se livrent une bataille féroce. Paris soutient activement le projet, au point de se battre pour accueillir les premiers essais. Une opération de communication réussie, mais la législation pose problème. La vitesse est limitée à 10 nœuds sur la Seine, soit 18,5 km/h. Une contrainte qui n’existe pas à Londres, un concurrent direct. Un prototype «haute vitesse» sera d’ailleurs mis en chantier pour des fleuves comme la Tamise, où la réglementation permettrait de faire léviter les traders vers la City à 50 km/h.

Les enjeux sont importants. Les villes espèrent des retombées économiques importantes et montrer leur capacité d’innovation. C’est également une bataille d’image. «Les métropoles souhaitent vanter leur qualité de vie et mettre en avant leur action en termes de protection de l’environnement», estime Patrick Rérat.

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