L’économie, en Suisse et dans le monde, sera mise à l’épreuve sur tous les fronts au cours de cette année: emploi, industrie, finance, régulation et climat. Des défis herculéens, au vu des risques conjoncturels et politiques qui se profilent. La rubrique économique du «Temps» en a identifié douze, pour lesquels elle se risque au jeu des pronostics. Voici le premier épisode.

Nous avons tous ou presque un ami qui vante les mérites de son entreprise. Congés maternité et paternité allongés, télétravail possible, crèche d’entreprise, cours de yoga ou abonnement CFF demi-tarif offert… que de privilèges! Tous ne peuvent bien sûr pas être mis sur le même plan: un baby-foot à la cafétéria n’aura évidemment pas le même impact sur la vie du collaborateur qu’un long congé paternité.

Mais ces avantages ont tout de même un point commun: ils ne répondent en rien à la question «Et ce que tu fais au travail, c’est intéressant?».

Un outil de communication

Il ne s’agit évidemment pas de minimiser la valeur d’une politique d’entreprise qui permet de jongler plus harmonieusement entre vie privée et professionnelle, ou qui offre un cadre de travail agréable. Mais il faut se souvenir de trois choses. D’abord que ces «privilèges» sont d’excellents outils de communication, en témoignent les nombreux communiqués de presse – provenant souvent de multinationales – qui nous sont encore parvenus en 2019 pour annoncer des congés paternité et maternité toujours plus longs ou un cours de Weight Watchers tous les jeudis midi. Ils sont un moyen de contribuer à la réputation de l’entreprise et d’attirer les talents.

Ensuite, il ne faut pas oublier que les services proposés sur place ne sont pas uniquement des cadeaux pour les employés: un point shopping ou un fitness dans les locaux de l’entreprise encouragent indirectement à passer un temps prolongé au bureau et à être ainsi plus productif. Pourquoi en partir, puisque tout est à disposition?

Une chronique: Les entreprises sont-elles prêtes pour la fragilité?  

Apprécier le cœur de sa mission

Enfin et surtout, même s’il n’existe heureusement pas d’obligation à aimer son travail et à l’avoir choisi par passion, il faut se rappeler que tous les avantages du monde ne remplacent pas un poste qui a du sens. Nombre d’études mettent en avant l’importance pour la génération Y d’exercer un travail aux tâches variées et aux objectifs stimulants. Mais cette envie n’est à l’évidence pas nouvelle et n’est pas l’apanage d’une tranche d’âge en particulier. Aimer son travail, c’est apprécier le cœur de sa mission, pas seulement la multitude de petits privilèges qui graviteraient autour.

Nous vivons, en Suisse notamment, une pénurie de talents: en moyenne, 33% des employeurs suisses disent ne pas trouver les profils qui leur font défaut, selon une étude Manpower 2018. Le marché du travail enregistre aussi un désamour croissant des diplômés pour les multinationales et un intérêt grandissant pour l’entrepreneuriat. Autant de raisons pour les entreprises de repenser leurs façons d’attirer les talents.

Nous sommes donc en droit d’imaginer qu’en 2020, les entreprises seront moins focalisées sur la communication de ce qu’elles proposent de soi-disant inédit. Et qu’elles concentreront davantage leurs efforts pour supprimer les «bullshit jobs» ou améliorer les postes existants, en poursuivant des projets et des objectifs utiles à la société d’aujourd’hui et en abandonnant les tâches absurdes, notamment grâce la technologie. Gageons qu’elles sauront privilégier non plus seulement la forme, mais aussi le fond. Et que le nom de l’entreprise où l’on travaille aura moins d’importance que ce que l’on y fait.

Explorez le contenu du dossier