Management

Au travail, inspirez-vous de «Game of Thrones»

Et si vous vous inspiriez de la célèbre série de HBO qui multiplie les scènes de sexe, de duels et de zombies des neiges, pour affirmer vos compétences en leadership? C’est ce que propose un livre paraît en français

Si vous n’avez jamais vu un épisode de Game of Thrones, vous avez peut-être raté bien plus qu’un simple divertissement. C’est du moins ce qu’affirment Tim Phillips et Rebecca Clare, auteurs du best-seller La stratégie des 7 royaumes appliquées à la vie professionnelle (éd. Maxima). Pour ces deux fans de la saga, l’étonnant royaume aux allures médiévales imaginé par l’écrivain George R. R. Martin regorge de conseils et d’idées sur la manière de faire progresser une carrière. En effet, on y trouve les principaux ingrédients qui agitent le monde de l’entreprise – l’ambition, la trahison, le courage, la démesure, le triomphe, et le désastre – mais aussi des leaders d’exception dont les styles de leadership constituent une importante source d’inspiration.

Daenerys Targaryen, par exemple, n’est pas animée par une soif de pouvoir mais par ce qu’elle pense être bénéfique à son peuple. Autrement dit, elle dirige avant tout pour servir. Ce faisant, elle incarne les idéaux du leader-serviteur, un profil déjà décrit par Robert Greenleaf dans les années 1970. Pour cet auteur, «les bons leaders doivent d’abord être de bons serviteurs», animés par le désir de comprendre et d’améliorer le monde qu’ils servent. Ils doivent en outre utiliser leur charisme pour le bien de la collectivité et non à des fins personnelles. Cette vision du leadership est radicalement opposée au modèle du «moi d’abord» qui suppose que l’objectif premier du dirigeant est de prendre les commandes.

Daenerys comme Angela Merkel

A mesure que l’histoire progresse, Daenerys passe du statut de «jeune fille» à celui de «Mère des Dragons», puis de mère du peuple («Mhysa»). Bien que très différente de l’héritière de la dynastie targaryenne, la chancelière Angela Merkel est affectueusement surnommée «Mutti» par les Allemands. Comme Daenerys, elle inspire un sentiment d’affection et de sécurité, notamment parce qu’elle a su maintenir l’économie allemande à flot à travers la crise financière qui a frappé l’Eurozone, expliquent Tim Phillips et Rebecca Clare. A noter que pour mettre en œuvre le style maternel, nul besoin d’être une femme. Il vous suffit en effet d’être sincèrement attentif aux autres. Et «si vous vous y prenez bien, vos équipes vous suivront toujours. Par amour, pas par devoir.»

Tywin Lannister, un leadership de crise

Si la compassion et la paix ne fonctionnent pas dans votre cas, les auteurs proposent d’essayer l’extrême inverse, soit le style de leadership de Tywin Lannister, brutal mais redoutable d’efficacité dans un contexte de crise, lorsque le temps manque pour adopter une approche de team building. Tacticien hors pair, la Main du Roi n’a pas le temps de s’intéresser à autre chose qu’à la tâche qu’il doit accomplir. «S’asseoir et discuter pour s’assurer que chacun est satisfait du rôle qui lui a été assigné pourrait faire perdre un avantage, une bataille, la guerre même.»

A l’ère du leader-serviteur, le style paternaliste et autoritaire est-il envisageable sur le long terme? Tim Phillips et Rebecca Clare arguent que oui, et ajoutent même que la personnalité de feu Steve Jobs ressemblait à bien des égards à celle du seigneur de Casterly-Rock. Ainsi, «lors du lancement malencontreux de MobileMe, une application payante qui devait permettre aux utilisateurs de synchroniser toutes leurs données personnelles dans le cloud d’Apple, Jobs humilia publiquement l’équipe chargée de son développement, lui reprochant de n’avoir pas su créer un produit assez performant.»

Nonobstant ses sautes d’humeur et ses nombreuses indélicatesses – comme lorsqu’il s’appropriait les bonnes idées de ses collaborateurs – Jobs était une grande source d’inspiration pour les salariés d’Apple dont il a fait une entreprise remarquable. Comme l’écrit son biographe en évoquant d’autres chefs d’entreprises insupportables (Thomas Edison, Henry Ford ou Walt Disney): «Longtemps après que leur personnalité a été oubliée, l’histoire se souvient de la façon dont ils ont marqué de leur imagination la technologie et les affaires.»

Attention cependant: n’est pas Tywin Lannister ou Steve Jobs qui veut. «Jobs était une personnalité exceptionnelle et, de ce fait, l’exception qui confirme toutes les règles du management, avertissent Tim Phillips et Rebecca Clare. Dans la plupart des entreprises, le style de management par la pression qu’exerçait Jobs conduirait à une baisse de la productivité et de la créativité. (En effet,) il n’est pas évident de bien faire son travail lorsque l’on est constamment sous la menace d’être humilié, dévalorisé et licencié. Donc, si vous souhaitez suivre les traces d’un Steve Jobs, assurez-vous d’être un authentique génie créatif.»

La division des Baratheon rappelle BlackBerry

Enfin, Game of Thrones enseigne que la division précède le déclin. Lorsque le public apprend que Joffrey Baratheon n’est pas l’héritier légitime du Trône de Fer, s’ensuit une guerre entre Renly et Stannis, frères du roi Robert Baratheon. Ainsi divisés, les Baratheon offrent à leurs adversaires un avantage. «S’ils avaient fait front commun, les Stark les auraient suivis et ils auraient pu réduire à néant les chances offertes aux Lannister de placer sur le trône le roi fantoche», analysent les auteurs.

Dans le monde du travail, l’incapacité à gérer les dissensions internes peut également conduire une entreprise à sa perte, comme le rappelle l’exemple du BlackBerry. En 1999, ce dernier était le premier choix d’équipement des cadres et le cours de RIM (Research In Motion) était au plus haut sur les marchés financiers. L’arrivée de l’iPhone sur le marché a cependant radicalement changé la donne.

Forcés à réagir, les dirigeants de RIM ont dans un premier temps tenté de concilier leurs points de vue, sans succès. Leur mésentente a par la suite eu des répercussions sur la survie même de l’entreprise. «La marque n’est plus dans la position dominante qu’elle a connue autrefois, en grande partie à cause de l’incapacité de ses dirigeants à s’accorder sur une stratégie claire», notent Tim Phillips et Rebecca Clare. La leçon à en tirer? Dans le monde impitoyable des affaires, winter is always coming. Et, comme le rappelle avec sagesse Ned Stark, «on ne mène pas une guerre contre soi-même».


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