L'efficacité exigée par la rentabilité de l'entreprise est-elle compatible avec l'épanouissement personnel des collaborateurs? «Oui», a répondu sans hésitation Bruno Savoyat, directeur général de l'Institute for Business Technology à Genève, à l'occasion d'une récente rencontre sur le sujet, organisée par la Jeune Chambre Economique de Genève. «J'irai plus loin, je pense même qu'ils sont intrinsèquement liés. Il n'y a pas de satisfaction sans efficacité, et inversément.» Ce consultant et diplômé en psychologie est l'auteur d'un ouvrage intitulé «Les secrets de l'efficacité», dont une seconde édition augmentée, sorte de bible de l'organisation, vient de paraître.

Organisation, le mot est lâché. Car tout est là, dans la capacité des individus, des groupes et de l'entreprise à bien gérer leur temps et leur espace. «La plupart des gens, sont débordés, croulent sous l'information, ne respectent pas leurs délais, parce qu'ils n'ont jamais appris à s'organiser. Et ceci est une source de stress incroyable», explique-t-il. Et de citer les bureaux innondés de papiers entassés pêle-mêle, les agendas peu ou mal administrés, les rendez-vous obsédants parce qu'on a peur de les oublier: «Savez-vous que chaque employé perd une heure par jour simplement à rechercher des documents? C'est énorme.»

Une vision bien rationnelle et mécanique du travail, comme si tout le temps dont on dispose devait être mis au service de la rentabilité. Attention, dit Bruno Savoyat, il faut faire la différence: il y a d'une part, le temps perdu pour tout le monde, pour le collaborateur comme pour l'entreprise. C'est-à-dire le temps passé à retrouver un dossier, à répondre à de multiples sollicitations différentes, à recouvrer sa concentration lorsqu'on s'est laissé déranger. Et d'autre part, le temps gagné, grâce à une bonne organisation, pour «réfléchir, lâcher du lest, prendre le temps de discuter avec ses collègues autour d'un café, ou pourquoi pas, rêver». Ces moments de non productivité ont une fonction à la fois cognitive et sociale. Et c'est dans l'équilibre entre ses propres besoins et ceux de l'entreprise que le collaborateur s'épanouira.

Reste à convaincre chacun dans l'entreprise de la nécessité d'apprendre à s'organiser. Les managers peuvent bien proposer des cours de gestion du temps et de l'espace, faire appel à des consultants spécialisés, si leurs collaborateurs ne sont pas convaincus, cela ne sert à rien. «On n'obtient aucun résultat par la coercition, en effet», précise le consultant. «Notre tâche première est de parvenir à intéresser tout le monde. Mais c'est un éternel recommencement. Aujourd'hui, les gens sont très mobiles et le processus d'apprentissage n'est jamais fini.» Un travail de Sysiphe.

LES SECRETS DE L'EFFICACITE, Bruno Savoyat, Maxima, Paris 2001