Le coronavirus a exacerbé les inégalités entre les sexes dans le monde du travail, dénonce mardi le syndicat Travail.Suisse. Les femmes sont les grandes perdantes de la pandémie, alors que les hommes ont profité d’une certaine amélioration des conditions de travail. Travail.Suisse a publié pour la 7e fois son baromètre annuel des conditions de travail. Dans les six «dimensions» étudiées, les femmes sont significativement moins satisfaites de leurs conditions de travail que les hommes. En 2017, ce n’était le cas que pour le critère du stress, a déploré la conseillère nationale Léonore Porchet (Verts/VD), vice-présidente du syndicat, devant les médias.

Les femmes sont surreprésentées dans les branches ayant connu une évolution négative, comme la santé et le social ou l’hôtellerie et la restauration. En revanche, des branches «masculines» telles que l’industrie de transformation, la construction, les assurances ou la finance ont bénéficié de meilleures conditions, avec notamment plus de possibilités de télétravail.

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Progression de carrière entravée

Conséquence, le stress au travail a augmenté pour les femmes et les possibilités d’être déchargées ont diminué. Dans le même temps, on constate un manque de sensibilité à l’égard de l’égalité entre les sexes dans le monde du travail et les femmes sont confrontées à des obstacles majeurs à la progression de leur carrière.

Près d’un salarié sur cinq (18,4%) estiment que les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes chances d’accéder à des postes à responsabilités au sein de leur entreprise. Un constat similaire apparaît en matière de salaires: 40% des travailleurs ne voient pas l’égalité salariale respectée (14,9%) ou ne peuvent pas l’évaluer par manque de transparence (28,5%), dénonce Léonore Porchet. Par ailleurs, certaines réformes actuelles sont en défaveur des femmes, ajoute la Vaudoise, critiquant en particulier l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes prévue par la réforme AVS21.

Réformes exigées

Dans ce contexte, Travail.Suisse exige que la reprise se fasse «sous le signe de l’égalité». Il réclame des réformes «rapides et ambitieuses» pour garantir l’égalité dans le monde du travail et la société: transparence des salaires, possibilités de promotion, congé paternité et conciliation entre vie professionnelle et vie privée. Pour le président du syndicat, Adrian Wüthrich, il faut augmenter sensiblement les salaires, en particulier dans les professions dites féminines – qui sont fondamentales pour faire tourner le système. Les réponses à l’étude montrent clairement que beaucoup s’attendent à une forte augmentation de la charge de travail «dans un avenir proche».

Le syndicat exige également des mesures contre le stress au travail, qui n’a «jamais été aussi élevé». Selon l’étude, 44,1% des salariés sont souvent ou très souvent stressés par leur travail. «Les risques pour la santé sont immenses et ne sont pas pris au sérieux», déplore Gabriel Fischer, responsable de la politique économique. Pour l’heure, les trois quarts des salariés parviennent à concilier travail et vie privée. Mais l’immense majorité (83,1%) est, au moins occasionnellement, trop épuisée après une journée de travail, pour encore s’occuper des affaires privées ou familiales. Pour près d’un tiers des travailleurs (32,8%), c’est même souvent ou très souvent le cas.

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Des règles pour le télétravail

Travail.Suisse dénonce l’absence d’offre d’accueil extrafamilial et scolaire facilement disponible et abordable. A ses yeux, chaque enfant devrait avoir le droit de disposer d’une crèche dans un rayon de 30 minutes de son lieu de résidence au moins deux jours par semaine. Le syndicat demande aussi des mesures en faveur des proches aidants. Seul un tiers des plus de 800 000 personnes soutenant un proche adulte bénéficient d’un soutien de leur employeur, regrette-t-il.

Plus globalement, la pandémie a plutôt amélioré les conditions de travail. L’appréciation et la communication dans la gestion de la crise sont jugées bonnes, les mesures de protection de la santé sont convaincantes et la prolongation du chômage partiel ainsi que la reprise économique rapide véhiculent le sentiment de sécurité de l’emploi.

Le présentéisme a reculé: en 2021, 28,5% des salariés ne sont jamais allés travailler en étant malades, alors que 23,8% le faisait régulièrement. La proportion s’est inversée par rapport à avant la pandémie. Reste à clarifier s’il s’agit d’une tendance durable ou si elle n’est due qu’au coronavirus, souligne Travail.Suisse. Le syndicat exige par ailleurs une réglementation claire du télétravail. Il faut limiter le nombre de jours de «home office», appliquer le devoir de diligence de l’employeur également au télétravail, limiter le nombre des heures de travail pour en garder le contrôle et garantir le droit à la déconnexion.