«La situation économique en Suisse est proche de celle de l’an dernier, mais les perspectives sont vraiment meilleures. Le risque de récession s’est en effet nettement éloigné.» Gabriel Fischer, chef économiste du syndicat Travail.Suisse, qui regroupe onze fédérations totalisant 150 000 membres, estime donc que des revendications de hausses salariales de 1 à 2% en 2014 sont ­parfaitement raisonnables et ­justifiées.

Il l’a fait savoir, lundi à Berne, à la veille des négociations avec le patronat. Certaines, dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration par exemple, sont déjà en cours, alors que d’autres, notamment avec La Poste, vont débuter prochainement.

Syna, deuxième force syndicale du pays, avec 61 000 membres dans les secteurs de la construction et de l’industrie, place la barre clairement à 2%. «Pour les accords salariaux au-dessous de 2% les employeurs seront tenus de mettre sur la table des faits économiques certifiés pour que nous soyons disposés à faire d’éventuels compromis», avertit Arno Kerst, son vice-président. Il estime en outre que dans des branches florissantes, comme l’industrie pharmaceutique, une hausse générale des salaires de 3% est parfaitement envisageable.

Le chiffre moyen de 2% est justifié, selon Arno Kerst, en référence aux prévisions du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) qui table sur une croissance de 2,2% du produit intérieur brut en 2014. «N’oublions d’ailleurs pas que le Seco est connu pour ses prévisions pessimistes», ajoute le syndicaliste, en constatant qu’entre 2007 et 2011 la croissance cumulée s’est établie à 14,5%, alors que le Seco avait prévu une hausse nette de 2,1%.

Le retournement annoncé de l’inflation, qui va faire disparaître le «bonus» caché reporté sur la fiche de paie, explique également l’appétit des syndicats en matière de hausse nominale des salaires. L’indice des prix, attendu à -0,1% en 2013, devrait se situer à +0,2% l’an prochain. «Il ne faut plus espérer, comme l’an passé, une croissance du pouvoir d’achat générée par l’inflation négative, constate Gabriel Fischer. Travail.Suisse attend donc, dans le cadre des négociations salariales, une augmentation des salaires nominaux bien plus conséquente que celle de l’an dernier.»

Certaines fédérations membres de Travail. Suisse sont moins gourmandes que le syndicat Syna. Transfair, représentant les employés du service public, entrera en négociation avec des revendications de hausse de 1 à 2%. Hotel & Gastro Union, en discussion avec le patronat en ce moment, ne communique pas de chiffres, mais la barre devrait aussi se situer au-dessous de 2%. «Le problème de la branche, c’est son manque de productivité due à une formation insuffisante», constate Eric Dubuis, secrétaire romand d’Hotel & Gastro Union. Il dit préférer la consolidation du système de partenariat financier pour encourager la formation, à des revendications salariales élevées «qui pourraient déstabiliser le système».

L’Union patronale suisse a pris acte, sans s’en offusquer, des prétentions de Travail.Suisse. Elle rappelle, dans un communiqué, que les syndicats devront absolument tenir compte de la spécificité économique de chaque entreprise.

Le retour d’une faible l’inflation, attendu l’an prochain, pèsera sur les salaires réels versés aux employés