Le fractionnement des actions présente de nombreux avantages pour une société, mais pas celui de doper sa performance boursière. Roger Kunz et Urs Wälchli, responsable de l'analyse stratégique du marché financier et économiste au Credit Suisse, parviennent à cette conclusion dans une étude parfaitement d'actualité. Le 30 novembre, le Conseil national acceptait d'abaisser la valeur nominale d'une action de 10 francs à 1 centime. Cette modification devrait entrer en vigueur le 1er mai.

Importante chute de la valeur en septembre 1992

Nul n'ignore plus que la Suisse détient le record mondial de la cherté des titres, comme le montre le tableau. L'action la plus onéreuse du SMI, le bon Roche, coûtait au 31 décembre 2000 16 510 francs. A l'extrême opposé, Syngenta valait 87 francs. Mais même ce «poids plume» est trois fois et demi plus cher que le titre le plus lourd de Singapour! En Suisse, la valeur médiane, plus parlante que la moyenne, s'établit à 1169 francs. En seconde position mais déjà très loin derrière arrive la France.

Plusieurs sociétés devraient profiter des nouvelles possibilités offertes par la loi. ABB a annoncé lundi qu'il entendait fractionner ses actions dans un rapport de 4:1. La valeur nominale des titres passera ainsi de 10 francs à 2,50 francs. D'autres sociétés ont fait part d'une intention semblable récemment, comme Nestlé, UBS, Julius Bär, Adecco ou encore Vontobel. Contrairement à l'opinion de certains, les deux collaborateurs du Credit Suisse estiment que le splitting n'a pas d'influence majeure sur les cours de Bourse. Pour étayer cette thèse, ils évoquent l'évolution boursière qui suivit la réduction de la valeur nominale minimale de 100 francs à 10 francs en 1992. De nombreuses sociétés avaient alors décidé de splitter leurs actions, comme Ciba-Geigy et Nestlé. Du coup, la valeur médiane des cours du SMI avait chuté de 2840 à 695 francs en septembre 1992. Mais cette grandeur avait ensuite retrouvé un certain parallélisme avec l'évolution du SMI à partir de 1994. «Ce qui signifie, souligne les auteurs, que la plupart des sociétés désireuses de splitter leurs actions l'avaient fait et que l'évolution générale de la Bourse était redevenue le principal facteur de détermination des cours.»

Cela ne signifie pas que le fractionnement ne présente pas d'intérêt. En le faisant, les sociétés gagnent en souplesse et élargissent la base de l'actionnariat. Par ailleurs, lors de fusions-acquisitions, «lorsque les actions des sociétés concernées sont échangées, des fractionnements permettent de rapprocher leurs cours de telle sorte que le rapport d'échange devient un nombre rond et n'est pas trop élevé». Selon les deux spécialistes du Credit Suisse, entre 5 et 13 sociétés du SMI – principalement celles dont le cours est très élevé, dont la valeur minimale est de 10 francs et qui sont aussi cotées à l'étranger – pourraient annoncer un split de leurs actions.