Les «Trente Glorieuses» du 2e pilier

Retraites A la fin de cette année, la prévoyance professionnelle obligatoire fêtera ses 30 ans d’existence

Le principe dit «des trois piliers» de la prévoyance vieillesse a été inscrit en 1972 dans la Constitution helvétique, mais ce n’est qu’en 1985 que l’article constitutionnel fut mis en œuvre.

A la fin de cette année, la prévoyance professionnelle obligatoire fêtera ses 30 ans d’existence. Si l’on jette un regard rétrospectif sur ce qu’auraient pu être (et dans une certaine mesure ce qu’ont été) les performances des institutions de prévoyance durant ces trois décennies, on tire quelques enseignements intéressants, à partir desquels il est cependant difficile, voire dangereux, d’extrapoler ce que seront les performances des trois prochaines décennies.

Si l’on se réfère aux indices LPP de la famille LPP 2000, fréquemment utilisés comme indices de référence pour les institutions de prévoyance suisses, on mesure des performances annualisées entre 5,5% et 6,6% pour la période qui court de 1985 à 2013. Les variations s’expliquent du fait de la composition distincte des trois indices (25, 40 et 60) au sein desquels la part dévolue aux actions varie entre 25% et 60% (voir graphique ci-dessous). En bonne logique, la contribution d’une classe d’actifs à la performance d’un indice est en relation directe avec sa pondération dans l’indice. Les obligations en francs suisses contribuent ainsi pratiquement pour moitié à la performance annualisée de 5,5% de l’indice LPP 25, dans la composition duquel elles entrent à hauteur de 60%. Durant la même période, leur contribution à la performance annualisée de 6,6% de l’indice LPP 60 est inférieure à 20%, mais leur poids dans ce dernier indice n’est que de 25%.

Si l’on exclut les cinq premières années (1985-1989) de nos calculs, les écarts de performances entre les trois indices se resserrent et la prime de risque associée à une allocation plus volatile, car plus fortement pondérée en actions, diminue d’autant.

En isolant les performances de la dernière décennie du XXe siècle pour les comparer à celles de la première du XXIe siècle, on met par ailleurs en évidence le rôle ambivalent des actions en tant que contributeurs à la performance globale avec, dans le premier cas, des contributions très fortement positives et, dans le second, des contributions infimes ou négatives.

Les indices de la famille LPP 2000 ne sont certes que des constructions théoriques, à la composition statique et à la couverture limitée, puisque seules les obligations et les actions entrent dans leur composition. Néanmoins, ces deux classes demeurent des vecteurs essentiels de la performance des caisses de pension et les indices LPP 25 et 40 se sont avérés être d’excellents baromètres de l’évolution globale du monde de la prévoyance ­helvétique.

Avec une performance annualisée de 4,4% entre 1985 et 2013, les obligations en francs suisses ont contribué substantiellement à la performance des caisses de pension. Durant la même période, le taux de rendement à l’échéance moyen des mêmes obligations a été de 3,7% (soit de 16% inférieur) et a chuté de 5% à 1,4%. Attendre, à moyen terme, des obligations en francs suisses une performance analogue à celle des trente dernières années est illusoire dans le contexte actuel de taux bas. La baisse quasi continue des taux depuis maintenant 20 ans a largement contribué à l’excellente performance des obligations et, cet événement ayant déjà eu lieu, la source de gains additionnels qui lui est associée est maintenant tarie. Ce qui est vrai des obligations en francs suisses l’est encore davantage des obligations en monnaies étrangères, pour lesquelles le phénomène décrit précédemment a encore été accentué.

Un phénomène similaire a affecté parallèlement les actions, dont les performances ont bénéficié du même phénomène de revalorisation. Les investisseurs paient deux fois plus cher aujourd’hui un franc de bénéfice réalisé par une entreprise suisse qu’ils étaient disposés à le faire en 1985**. Plus d’un tiers de la performance annualisée de 9,2% des actions suisses réalisée entre 1985 et fin 2013 est imputable à ce changement d’attitude. A nouveau, il est improbable que ce phénomène se répète à brève échéance. De plus, ce qui vaut pour la Suisse vaut également largement pour le reste du monde.

En conclusion, il ne faut pas attendre des indices LPP des performances futures en ligne avec celles enregistrées par le passé. Des expectatives raisonnables basées sur l’intégration des considérations qui précèdent permettent d’espérer des rendements pouvant varier entre 2,5% et 4,4%, ce qui signifie de 2 à 3 pour cent inférieurs à ce à quoi l’histoire récente nous a habitués. Cette réflexion se limite bien sûr aux seules obligations et actions et ne dit rien des autres classes d’actifs qui entrent dans la composition des allocations stratégiques des institutions de prévoyance.

* Chef économiste, Fundo** Le ratio entre bénéfice par action et prix de l’action de l’ensemble des sociétés qui sont entrées dans la composition du SMI entre 1985 et 2013 est passé de 12,6% en 1985 à 6,5% en 2013 (source: Thomson Reuters Datastream).

Il ne faut pas attendre des indices LPP des performances futures telles celles enregistrées par le passé