Le «Processus de Kimberley» aura duré deux ans et demi. C'est le temps qu'il aura fallu à ces négociations entre industriels du diamant, gouvernements et ONG pour aboutir à un accord qui exclut des échanges mondiaux les pierres issues de régions en conflit. Les dernières discussions ont eu lieu lundi et mardi à Interlaken, lors d'une conférence ministérielle que le conseiller fédéral Pascal Couchepin a close hier après-midi.

La principale annonce a été que le système de certification qui doit garantir que n'importe quel diamant vendu dans le monde n'a aucun lien avec le trafic illégal entrera bien en vigueur le 1er janvier 2003. A cette date, les pierres voyageront accompagnées d'un document «infalsifiable» qui stipulera le nombre de carats et la concession d'origine.

A l'heure actuelle, on estime qu'entre 2% et 4% d'entre elles sont issues de régions en guerre. Dans les 35 pays signataires, ceux qui ne se plieront pas à cette exigence ne pourront simplement pas participer au commerce de diamants. Plusieurs rapports de l'ONU ont montré que l'argent issu du commerce de ces diamants contribuait à faire durer des conflits qui ont fait des millions de victimes civiles, notamment en Angola et en Sierra Leone (lire LT du 4 novembre 2002). Seuls cinq pays, dont aucun africain, ont demandé une période d'adaptation et ne participeront pas au lancement du système.

Pas de surveillance indépendante

Gouvernements, ONG et industriels se sont félicités de cette avancée. «C'est un immense premier pas que personne n'aurait cru possible il y a trois semaines seulement», a souligné Eli Izhakoff, président du World Diamond Council. De fait, la volonté de nettoyer le marché semblait partagée par tous. Cela n'a pas empêché les ONG de souligner immédiatement les manques de ce système. Le plus important, selon eux, est qu'aucun corps indépendant ne sera chargé de surveiller dans les pays comment la certification est appliquée. «Cela a été une faiblesse du processus depuis son commencement, a déploré Ian Smillie, du Partnership Africa Canada. Un afflux de nouvelles règles ne fera pas changer les gouvernements. La seule chose capable de le faire est une surveillance indépendante de leurs agissements.»

Les industriels admettent que tout ne va pas soudainement changer le premier jour de l'année prochaine mais, pour l'instant, la surveillance de la certification par les gouvernements leur paraît suffisante. C'est l'avis de Martin Rapaport, un gros diamantaire américain. Pour lui, les ONG ont la vue courte lorsqu'ils disent que la surveillance est le problème qui prévaut en Afrique. «Le continent a un problème de développement, répond-il, et c'est le défi des industriels d'essayer de le résoudre en partie.»