Difficile retour à la réalité pour le G20. Cinq mois après le sommet historique de Londres, les promesses peinent à être concrétisées. Les ministres des finances des dix-neuf principales puissances économiques de la planète, réunis ce samedi dans la capitale britannique, ont bien enregistré quelques avancées, mais la mise en application s’avère délicate.

Certes, certains vrais progrès ont été réalisés. Sur le sujet politique le plus brûlant – celui des bonus - la France et l’Allemagne ont réussi à faire passer dans le communiqué la notion d’une «limitation» des bonus, un mot se rapprochant du plafonnement proposé par Nicolas Sarkozy. Mais les détails restent à préciser. Le G20 demande au Financial Stability Board, l’organisme supervisant les réformes de la régulation financière, de faire des propositions concrètes d’ici au sommet des chefs d’Etat du G20 de Pittsburgh, aux Etats-Unis. Christine Lagarde, la ministre française de l’économie, reconnaît que de faire accepter une telle proposition aux Etats-Unis sera «culturellement difficile», les Américains étant très attachés à la liberté de leurs salaires dans le secteur privé.

Du côté des paradis fiscaux, le G20 Finances a aussi réalisé une avancée. Après la définition des listes noires et des listes grises (dont la Suisse) en avril, le communiqué de ce samedi mentionne la possibilité de sanctions contre les pays qui ne respecteraient pas les normes d’échanges d’informations fiscales. Surtout, une date d’application des sanctions est citée : mars 2010.

Enfin, dernière avancée: les normes prudentielles, c’est-à-dire les capitaux et la liquidité que les banques devront mettre de côté en fonction des risques qu’elles prennent. Christian Noyer, le directeur de la banque de France, estime que « l’essentiel des négociations sera conclu d’ici la fin de l’année ».

Mais pour le reste, les sujets de blocage restent nombreux. Dominique Strauss-Kahn, le directeur du FMI, n’hésite d’ailleurs pas à émettre des critiques. «Sur la régulation financière, j’attends encore que de fortes mesures soient prises et appliquées. C’est difficile et ça prend du temps.»

La réforme du FMI est notamment au point mort. Les pays émergents, dont les droits de vote sont inférieurs à leur poids réel dans l’économie (la Chine en a moins que la France, par exemple), réclament plus de pouvoir. L’Europe, qui possède environ 30% des droits de vote (contre 17% pour les Etats-Unis), hésite à céder du terrain. Mais le dîner vendredi soir, qui était consacré à ce sujet, a été «peu productif», de l’aveu d’un négociateur. Les pays émergents, qui se sont exprimés via la voix du Brésil, demandent une augmentation de leurs droits de vote de 7%. L’Europe réplique qu’elle souhaite une «réforme complète» du FMI: en particulier, les pays émergents sont appelés à apporter une contribution financière plus élevée.

La réforme des normes comptables est également presque bloquée, de même que celle sur les hedge funds et les agences de notation. Les grands principes définis en avril n’ont guère avancés.

Selon un négociateur, la principale explication des faibles progrès vient des divergences de priorité, maintenant que l’urgence de la crise semble passée. «L’Europe donne la priorité aux discussions sur la réforme de la régulation financière, les pays émergents préfèrent parler de la réforme des institutions financières internationales, et les Etats-Unis souhaitent parler de la situation macro-économique et des plans de relance. » Pour débloquer la situation, reste à espérer que les chefs d’Etat prennent les affaires en main à Pittsburgh.