Très peu d’entreprises peuvent se targuer de gagner de l’argent avec la blockchain, la technologie de stockage et de transmission des informations sans organe de contrôle central. Et très peu peuvent compter au sein de ses clients des acteurs tels que la DARPA, l’Agence américaine pour les projets de recherche avancée, soit l’agence étatique qui s’occupe de la recherche à usage militaire. C’est elle qui est à l’origine du réseau ARPANET qui a fini par devenir Internet. Guardtime est dans ce cas. Selon l’agence Bloomberg, la DARPA a payé 1,8 million à cette entreprise pour lui confier une partie de la sécurité de ses données dans le cloud.

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Cette entreprise de sécurité numérique a été fondée en 2007 après qu’un acte de piratage informatique a empêché le gouvernement estonien d’être opérationnel. Un cryptographe local, Mart Saarepa, fit alors appel à Mike Gault, fondateur et directeur général de Guardtime, pour assurer la sécurité des données de l’État. Tous deux se connaissaient de leurs études en informatique quantique. Lorsqu’il a été contacté, Mike Gault se trouvait au Japon. L’ingénieur irlandais au nom français et résident estonien effectuait son doctorat à Tokyo avant de devenir négociant en produits dérivés, dans l’Empire du Soleil Levant, à Credit Suisse (de 1997 à 2005), puis chez Barclays (jusqu’en 2007).

Tout est numérisé sauf le mariage et le divorce 


Aujourd’hui Guardtime peut se targuer d’être la société qui a permis à l’Estonie d’être le pays le plus numérisé au monde. Ajoutons que c’est à Talinn, la capitale estonienne, que se situe le centre de cybersécurité de l’OTAN. Cette ville de la Baltique dispose donc de plusieurs longueurs d’avance en termes de rassemblement des meilleurs experts au monde dans la sécurité des données.

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Les citoyens estoniens en profitent largement. «A l’exception du mariage, du divorce et de la vente de sa maison, tout peut se faire sur internet en Estonie», a déclaré Mike Gault, patron et fondateur de Guardtime, lors de la conférence TechnoArk, vendredi à Sierre. Cette manifestation annuelle rassemble durant un jour des personnalités internationales autour d’une technologie en devenir. Cette année sur «La blockchain, au-delà du bitcoin». Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le TechnoArk se penche sur une innovation avant d’autres. Vendredi, des projets concrets ont été présentés dans l’énergie, la gestion des données oncologiques les transports aériens, le jeu et la fintech.

 

Malgré le cumul de talents à Talinn, l’Estonie ne dépense que 50 millions d’euros pour son budget informatique. «C’est le pays le plus avancé dans la numérisation de ses services publics simplement parce qu’il n’avait pas d’argent et a dû tout créer à partir de rien», selon Mike Gault. Actuellement à peine 2% de son PIB sont consacrés à la défense militaire. Avec le système mis en place, le citoyen ne perd pas son temps à remplir ses impôts, selon l’expert. La blockchain lui ouvre les portes à plus d’un millier de services étatiques. Les données personnelles sont toutefois protégées, par exemple dans la santé. Le gouvernement a confié à Guardtime la sécurité des données médicales. Seul le patient est autorisé à voir si les données indiquées sont valides. «La fraude est impossible avec cette technologie», assure Mike Gault.

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Mike Gault a profité de son passage en Valais pour annoncer vendredi son intention d’ouvrir un bureau en Suisse, à Zoug. La société est déjà présente en Estonie, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis. «Aujourd’hui, beaucoup d’entrepreneurs se demandent comment gagner de l’argent avec la blockchain. Non seulement nous gagnons de l’argent, mais nous sommes sans doute la société qui enregistre le plus de revenus avec cette nouvelle technologie», a déclaré Mike Gault.

Une nouvelle forme d'organisation 

Guardtime, avec son équipe de 130 cryptographes, développeurs et experts en sécurité, gagne «des dizaines de millions de dollars de revenus dans la blockchain et couvre ses coûts», selon sa direction. Le nom de la technologie développée par l’entreprise estonienne est «Keyless Signature Infrastructure» (KSI). «Nous remplaçons la confiance par la vérité mathématique», promet Guardtime. Le potentiel est considérable. Selon une étude de Mc Kinsey citée par Mike Gault, le coût d’une cybersécurité inefficiente s’élèvera à 3000 milliards de dollars d’ici 2020.

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La blockchain est davantage qu’une technologie, selon les experts. C’est une forme d’organisation décentralisée. Si Internet permet la démocratisation de l’informations, la blockchain ouvre la porte à la démocratisation des transactions, selon Gian Bochsler, fondateur de Bity, à Neuchâtel, la société qui coopère avec EY pour permettre aux entreprises de payer leurs factures en bicoins. Cette technologie est née avec le bitcoin, en 2008, à l’éclatement de la crise financière. La Suisse est très bien placée en Suisse. C’est à Zoug qu’est d’ailleurs née la «crypto valley».