URBANISME

Tricoter la ville dans la ville, l'exemple de Neuchâtel

La reconversion des friches ferroviaires à côté de la gare est l'un des rares cas d'école en Suisse romande. Réunissant emplois, logements et campus, Ecoparc présente une mixité réussie.

La densification est désormais le maître mot quand on parle de l'espace construit. L'initiative populaire pour le paysage, qui vient d'être déposée, rappelle que le sol n'est pas un bien extensible. Elle demande un moratoire de 20 ans sur les zones à bâtir. Si elle devait être acceptée, elle fera monter la pression pour repenser le développement des villes. A Neuchâtel, on n'a pas attendu les organisations de protection du paysage pour construire la ville dans la ville. Ecoparc, le nouveau quartier qui s'est créé à partir des années 1990 sur un terrain de près de cinq hectares à côté de la gare, est devenu le synonyme d'un tricotage urbain réussi. Il est un des rares cas d'école en Suisse romande d'une reconversion de friches industrielles qui a dépassé l'état de projet.

On ne renverse pas sans autre la dynamique d'un site en déclin ou à l'abandon. Il faut un élément déclencheur. Le concours pour l'implantation de l'Office fédéral de la statistique à Neuchâtel a joué ce rôle. Les organisateurs ne s'attachaient pas seulement à l'architecture du nouveau bâtiment, mais voulaient également une vision pour le secteur qui allait l'accueillir. Bauart a remporté les deux volets en 1990», explique Emmanuel Rey, architecte et partenaire de Bauart Architectes et Urbanistes SA, un bureau qui emploie entre-temps 60 personnes à Berne, Neuchâtel et Zurich.

La mise au concours d'une vision de densification pour tout le périmètre est à l'époque une démarche particulièrement innovante. Elle traduit la prise de conscience que, pour créer de la ville, il faut dépasser le seul objet architectural. Concours de circonstances particulièrement favorable, la Ville de Neuchâtel, dans son nouveau plan directeur, a désigné l'espace à côté de la gare comme l'un de ses trois pôles stratégiques de développement.

Bauart s'attaque ainsi à la réalisation du bâtiment de l'OFS, un navire au ventre arrondi et à la proue effilée qui va devenir assez vite l'épine dorsale du site. Le bâtiment, inauguré en 1998, est un ouvrage de référence en matière de construction durable. Il a notamment obtenu le Prix solaire européen. Le développement durable devient ainsi tout naturellement le thème fédérateur pour l'ensemble du quartier situé entre les voies CFF au nord, et la rue du Crêt-Taconnet au sud.

A la fin du XIXe siècle, les CFF avaient sans autre raboté la colline pour gagner un plateau. Les bâtiments - quatre immeubles neufs comprenant une centaine d'appartements et quatre immeubles existants transformés en lofts pour logements et bureaux --serpentent sur une courbe de niveau imaginaire. «Ils parlent d'une manière transposée de cette histoire», dit Emmanuel Rey. Des échanges de terrains entre propriétaires ont permis de réaliser des espaces publics généreux. Sur une des places piétonnes encore en cours d'aménagement, des modules qui ont la taille d'un wagon font également référence au chemin de fer, fil conducteur du lieu. Ils serviront de banc ou d'espace vert. Ces petits gestes architecturaux renforcent le sentiment de qualité urbaine.

Au début des années 2000, la recherche d'investisseurs s'avère ardue. Bauart, convaincu de son plan de quartier, achète une ancienne bâtisse pour y faire des lofts. Le groupe bâlois Helvetia suit, le mouvement est lancé. Aujourd'hui, les 100 appartements et 10 lofts avec vue époustouflante sur le lac et les Alpes sont tous loués ou vendus. L'Office fédéral de la statistique a investi un deuxième bâtiment, un prisme de verre signé Bauart. Le canton de Neuchâtel a décidé d'implanter le campus de la Haute Ecole de gestion ARC et le conservatoire de musique dans un bâtiment qui devrait être inauguré au printemps prochain.

Quartier vitrine, Ecoparc a donné son nom à une association à but non lucratif qui s'engage en faveur du développement durable de l'environnement construit. A la fin du processus, plus de 1000 emplois auront été créés et plusieurs centaines d'étudiants y circuleront chaque jour. Avec les nouveaux habitants, une mixité idéale. «Il faut mettre en place une dynamique avec des acteurs clés prêts à s'engager. Parce que densification urbaine veut aussi dire densification des problèmes à gérer», remarque Emmanuel Rey. La mobilité accrue par exemple. La proximité d'un nœud de transports publics ne suffit pas. Les partenaires se sont mis d'accord pour un concept de parking global, qui limite sérieusement le nombre de places de stationnement.

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