Pépites helvétiques (3/5)

Trisa, leader des brosses à dents, mise sur sa culture sociale pour la recherche

Grâce à une forte participation de ses employés à la stratégie, le fabricant de brosses à dents, aussi grand utilisateur de robots, promet d'importantes transformations dans l’hygiène buccale

Des brosses à dents aux cuisinières en passant par les claviers d’ordinateur, de nouveaux objets de la vie quotidienne sont chaque jour pensés en Suisse. «Le Temps» est allé visiter ces centres de recherche.

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Une petite maison bourgeoise à quelques pas de l’arrêt du bus postal de Triengen, commune rurale au nord du canton de Lucerne. C’est au dernier étage de cet ancien restaurant qu’a été créé Trisa, il y a 131 ans, nous explique Adrian Pfenniger, directeur général et représentant la quatrième génération de cette entreprise familiale de brosses à dents. On y produisait alors déjà des brosses, entièrement à la main.

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Ce vaste espace, meublé de tables fonctionnelles et garni d’objets de collection, est censé faciliter l’esprit créatif. C’est la «salle aux idées» de cette entreprise de 1100 employés (+300 salariés en dix ans), dont les deux tiers à Triengen, leader européen de l’hygiène buccale avec 223 millions de francs de chiffre d’affaires.

Le développement durable avant l’heure

La particularité du groupe se lit non seulement dans son expansion, mais aussi et surtout dans sa philosophie. «Si les salariés ne sont pas satisfaits, les clients ne pourront pas l’être», avance Adrian Pfenniger. «Plusieurs décennies avant la mode du durable, notre entreprise a voulu respecter les principes de cette philosophie», déclare-t-il. Depuis 1964, les salariés reçoivent une participation au résultat, soit 5,5% de leur salaire en 2017, laquelle s’ajoute au bonus annuel qui est délivrée en mains propres par les membres de la direction. Depuis 1972, les employés sont actionnaires. Ils détiennent 30% du capital et disposent de la moitié des sièges au conseil d’administration.

Cette culture d’entreprise est l’une des raisons de sa réussite, selon le directeur. Trisa, qui produit des brosses à dents depuis 1903, en fabriquait alors 5000 par an. Aujourd’hui, elle en produit un million par jour et les vend dans 80 pays, dont 42% en Europe de l’Ouest et seulement 14% en Suisse.

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Forte densité de robots

Le mode de production s’est transformé, mais la fabrication est demeurée en Suisse. 186 robots interviennent dans le processus, l’une des plus fortes densités de robots du pays, selon la société. Les chariots sans conducteur pour les ateliers de stockage et, depuis un an, les robots collaboratifs, véritables assistants de fabrication, témoignent des progrès de la numérisation. Cette dernière intervient aussi dans la recherche avec le «robo check», lequel teste les innovations sur la «bouche» même d’un robot avant qu'elles ne soient essayées in vivo.

Le marché de la brosse à dents s’est fortement développé après 1945, en réponse aux programmes d’encouragement de l’hygiène buccale, à l’émergence de la technique du moulage par injection et à l’emploi de poils synthétiques pour les brosses à dents. L’innovation a nourri la progression des ventes. Dans les années 1980, la part des nouveaux produits, c’est-à-dire commercialisés au cours des trois dernières années, ne dépassait pas 8%. Objectif fixé, la hisser à 20%. Le taux actuel est de 28% du chiffre d’affaires.

Chacun participe à la recherche

Pour atteindre de tels pourcentages, les nouvelles idées doivent abonder. La culture d’entreprise est alors cruciale. «On peut copier un produit, mais on ne peut pas copier une culture», résume Adrian Pfenniger.

La gestion de la recherche comprend dix cercles d’innovation composés de 7 à 8 personnes chacun qui se réunissent dans la «salle aux idées». Il s’agit de groupes interdisciplinaires, des spécialistes du marché, de la technologie, de la recherche universitaire, parfois d’un consommateur. L’objectif de ces cercles consiste à donner un contour concret à une nouvelle idée avant que les responsables de la stratégie n’établissent les priorités.

L’équipe de recherche comprend dix personnes qui se consacrent entièrement à cette tâche, auxquelles s’ajoutent les 80-90 membres des cercles d’innovation, ainsi que 40 techniciens. Au total, près de 10% des effectifs sont directement actifs dans le processus de recherche (R&D). Mais chaque collaborateur a la possibilité d’amener ses idées.

Le cœur de la maison des idées consiste en une vaste banque de données, qui concentre le savoir du groupe sous forme d’idées, de brevets (un millier), de documents de recherche en médecine dentaire.

Expansion dans l’interdentaire

Les principales compétences se concentrent sur la mécanique et l’électronique. «Nous sommes parmi les leaders mondiaux dans le moulage à injection», avance Adrian Pfenniger. L’entreprise produit parfois ses propres machines pour rester à la pointe.

La brosse à dents est à la fois un produit de consommation de masse qui répond à des questions de mode et d’ergonomie, mais aussi un produit médical dont le succès dépend de sa performance. Le défi de la recherche consiste à éloigner les substances nocives sans blesser la gencive. Or, si la bouche comprend 500 souches bactériennes, certaines sont absolument nécessaires pour la digestion.

Nettoyage automatique des dents

Pour Trisa, la recherche porte notamment sur l’emploi de matériaux durables, par exemple à travers l’emploi de plastiques recyclables ou biodégradables mais aussi de têtes interchangeables.

La brosse électrique, un marché stable actuellement, pourrait être fortement transformée avec l’émergence de nouveaux masques de protection capables de nettoyer les dents automatiquement. «Je suis persuadé que la brosse électrique sera très différente dans dix ans», selon Adrian Pfenniger.

En Europe, le marché (1,2 milliard de brosses à dents) se divise à parts égales (en valeur) entre les manuelles et les électriques. Les premières devraient croître davantage. Mais le rythme sera plus fort dans l’interdentaire, avec l’apport de nouvelles idées, comme une brossette lancée ce printemps (Space Brush).

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