Trois négociants basés en Suisse, Vitol, Trafigura et Glencore, ont récemment cessé d’alimenter en pétrole le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, indiquait lundi le Financial Times. Les trois sociétés comptent parmi les dix plus grands fournisseurs de pétrole de l’Iran, un pays qui importe 130’000 barils par jour, soit près de 40% de ses besoins énergétiques. Elles rejoignent les rangs de BP et Reliance Industries, qui ont déjà arrêté de commercer avec Téhéran.

Le pétrole a toujours été le «talon d’Achille» de l’Iran, cinquième exportateur mondial, dont les infrastructures de raffinage sont trop obsolètes pour subvenir à ses propres besoins. Malgré les mesures de rationnement instaurées depuis 2007 par Téhéran, la demande iranienne de pétrole croît encore de près de 10% par an. En cause notamment, les subsides gouvernementaux sur l’essence, qui maintiennent des prix bas, mais encouragent aussi le trafic en direction des pays voisins.

C’est sur cette dépendance énergétique que les Etats-Unis veulent aujourd’hui agir pour amener l’Iran à céder sur le dossier nucléaire. En effet, les ventes de pétrole ne sont pour l’heure pas sanctionnées par la loi américaine (l’«Iran and Libya Sanctions Act») qui, en revanche, punit toute société investissant plus de 20 millions de dollars dans le secteur pétrolier iranien. Or le Congrès américain est sur le point de voter des mesures visant le commerce pétrolier avec Téhéran.

L’alternative asiatique Ceux qui militent pour de nouvelles sanctions espèrent qu’un approvisionnement énergétique plus difficile acculera Téhéran à des mesures impopulaires, comme la baisse des subsides à l’essence et le durcissement du rationnement. Le régime de Mahmoud Ahmadinejad, qui fait déjà face à de violentes oppositions, pourrait s’en trouver plus déstabilisé encore.

Les détracteurs, eux, ne manquent pas de rappeler que les sanctions économiques ont déjà démontré leur inefficacité. Notamment parce que des sociétés asiatiques et moyen-orientales sont toujours prêtes à prendre le relais des Occidentaux qui cesseraient de commercer avec l’Iran. Aujourd’hui, l’Iran importe un tiers de son pétrole depuis la Chine, son principal fournisseur étant la compagnie chinoise CNPC.

Parmi les grandes compagnies pétrolières, la française Total, la malaise Petronas, et la koweïtienne IPG continuent de vendre de l’essence à l’Iran.