La normalisation de la politique monétaire américaine, enclenchée la semaine dernière, constitue un point d’inflexion majeur pour l’économie mondiale. En relevant ses taux de 25 points de base, dans une fourchette comprise entre 0,25% et 0,50%, la banque centrale américaine confirme de manière symbolique que la crise entamée en 2008 est terminée. Contrairement aux craintes exprimées ces derniers mois, le premier relèvement des taux depuis 2006 aux Etats-Unis n’a pas provoqué de panique boursière. Trois enseignements principaux peuvent être tirés de l’action de la Fed.

Premièrement, la communication des banquiers centraux est toujours efficace pour canaliser les anticipations des investisseurs. Après l’abandon surprise du cours plancher de l’euro/franc suisse par la Banque nationale suisse en début d’année, l’occasion ratée de la Fed de remonter les taux en septembre dernier, et la déception des marchés suite au renforcement perçu comme trop timoré du QE par la Banque centrale européenne il y a une dizaine de jours, des interrogations étaient apparues quant à la crédibilité à accorder à la parole des banquiers centraux. La quasi-absence de perturbations sur les marchés financiers dans la foulée de la Fed témoigne de la confiance persistante des investisseurs et du succès de la stratégie de forward guidance.

Deuxièmement, le ton très conciliant du communiqué de la banque centrale américaine a constitué un élément central pour rassurer en confirmant que le processus de normalisation des taux d’intérêt sera lent et progressif. Le consensus de marché s’attend à quatre hausses de taux courant 2016 ce qui porterait le taux directeur à 1% en fin d’année. Si ce scénario venait à se réaliser, les conditions de crédit resteraient toujours très accommodantes, ce qui permettrait d’éviter l’éclatement des bulles spéculatives qui se sont formées sur certains segments de marché depuis le lancement du premier programme d’assouplissement quantitatif en décembre 2008. Janet Yellen aura certainement à cœur d’éviter de violents remous sur les obligations d’entreprises à haut rendement, en particulier pour les secteurs énergétique et minier, qui sont actuellement les plus vulnérables.

Troisièmement, la nouvelle orientation des taux américains va certainement entraîner un vaste ajustement de politique monétaire dans les semaines à venir, en particulier dans les pays émergents. La banque centrale turque pourrait être la première à agir, dès le 22 décembre prochain. Fin novembre, son gouverneur, Erdem Basçi, avait déclaré être prêt à relever les taux dès que la Fed le fera afin de lutter contre la fuite des capitaux et la dépréciation de la lire turque qui en résulteraient. Une hausse des taux similaires, de l’ordre de 25 points de base, est probable. Si elle a lieu, ce serait la preuve de l’indépendance des autorités monétaires turques par rapport au pouvoir politique qui milite en faveur de taux bas pour relancer l’activité économique.

La Fed n’a pas fait entrer l’économie mondiale dans un nouveau paradigme monétaire. En revanche, un nouveau cycle économique s’est ouvert mercredi dernier.