Régulation

Trois idées de solutions pour maîtriser les géants de la technologie

Depuis plusieurs semaines, les idées fusent, des deux côtés de l’Atlantique, pour tenter de maîtriser la puissance de Google, Amazon ou Facebook. Voici les trois principales

Omniprésents dans notre vie quotidienne, Google, Amazon ou Facebook inquiètent par la puissance qu'ils ont acquise en l'espace de quelques mois. Le Temps vous propose plusieurs articles:

Depuis plusieurs semaines, les idées fusent, des deux côtés de l’Atlantique, pour tenter de maîtriser la puissance de Google, Amazon ou Facebook. Voici les trois principales.

Réguler

Aujourd’hui, ces sociétés n’ont quasiment aucun compte à rendre. Du coup, les appels à la régulation se multiplient. «C’est totalement paradoxal: le consommateur est nu, transparent, et ceux qui possèdent et maîtrisent ses données sont totalement opaques, estime Solange Ghernaouti. On ne connaît rien de leurs processus internes, comment ils stockent les données, comment ils les traitent, la durée de stockage, la finalité des traitements… Il faut imposer à ces sociétés de la transparence, les obliger à rendre des comptes, se donner la possibilité d’effectuer des audits.»

Selon Scott Galloway, auteur du livre The Four: The Hidden DNA of Amazon, Apple, Facebook, and Google, «nous nous dirigeons vers une régulation. De nombreux élus américains estiment que ces plateformes ont été utilisées pour affaiblir notre démocratie. Cela pourrait être un changement important d’attitude de la part du public et du gouvernement pour traiter différemment ces entreprises», estimait-il récemment sur CNBC.

Aux Etats-Unis, des appels pour réguler ces sociétés, surtout Facebook, se sont fait entendre tant de la gauche que de la droite – Stephen Bannon appelant même à les traiter comme des services publics. Selon lui, Facebook et Google sont devenues des nécessités dans le monde moderne. Elles sont devenues des monopoles naturels, un peu comme une compagnie de chemin de fer ou de distribution d’eau.

Casser ces sociétés

Casser Amazon, Facebook ou Google en plusieurs entités pour répartir ainsi leur pouvoir, l’idée – mais ce n’est qu’une idée – commence à être évoquée. «Si je devais conseiller Amazon, je leur conseillerais de transformer Amazon Web Services (les services cloud, ou d’informatique en nuage, ndlr) en une société externe. Cela augmenterait sa valeur et devrait tenir à l’écart les régulateurs pour plusieurs années», estimait récemment Scott Galloway.

Il n’est pas le seul à penser cela. Cette semaine, Ev Ehrlich, président de la société de conseil ESC et ancien sous-secrétaire au Commerce, écrivait ceci dans USA Today: «Il est temps de réfléchir à séparer la recherche de Google de ses services de publicité, ou de ne plus protéger les plateformes technologiques lorsqu’elles ferment les yeux sur le trafic d’êtres humains pour le sexe ou sur le piratage commercial. Il nous faut une nouvelle loi pour démystifier ces algorithmes qui vous suivent et qui contrôlent votre expérience en ligne.»

Ces appels ne sont de loin pas majoritaires, surtout, bien sûr, aux Etats-Unis. D’autant que certains avertissent que cela pourrait avoir des effets négatifs sur les internautes: pourquoi avoir dix réseaux sociaux alors qu’un seul est si pratique. De plus, si Facebook ou Google devait être coupées en sept sociétés, comme AT&T dans les années 1980, rien ne garantit que l’un de leurs rejetons ne devienne à son tour extrêmement puissant.

Compter sur l’Europe

La Commission européenne a un long historique de lutte contre les pratiques anticoncurrentielles des géants de la technologie: elle punissait Microsoft en 2013 pour avoir favorisé son navigateur Explorer, imposait une amende à Facebook cette année pour lui avoir caché des informations lors du rachat de WhatsApp, forçait Amazon à mieux traiter les éditeurs de livres et bien sûr ouvrait plusieurs enquêtes contre Google, avec à la clé une amende de 2,6 milliards de francs.

Selon Scott Galloway, l’Europe va poursuivre son combat, d’autant que «ces pays ont tous les désavantages des géants technologiques, avec seulement une fraction des bénéfices». Hormis le Luxembourg et l’Irlande, les membres de l’Union européenne ont les pires difficultés à faire payer à ces sociétés des impôts qu’ils estiment juste. Et ce n’est pas pour rien qu’Apple et Amazon communiquent largement chaque fois qu’elles créent des emplois sur sol européen. Scott Galloway s’attend que, dans les années à venir, Bruxelles inflige une amende de plus de 10 milliards de dollars à l’un des géants américains de la technologie pour pratiques anticoncurrentielles. Pour l’heure, aucune amende de ce type n’a été imposée par Washington. Et la plupart des sanctions prises en Europe contre ces entreprises n’a pas eu d’impact sur leur activité en dehors du continent.

«Je crains qu’entrer en matière ne conduira qu’à de longues batailles juridiques qui maintiendront in fine le statu quo. Je crois plus à la fiscalité redistributrice qu’à détruire de la valeur», estime Hervé Lebret, responsable du fonds Innogrant d’aide au démarrage pour les entreprises de l’EPFL. Et de conclure: «Les Américains sont bien sûr fiers des succès des GAFA, c’est la grande différence avec les Européens.»

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