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Les participants au programme Jeunes@Work viennent de tous horizons: de l'ébéniste à l'ingénieur de laboratoire.
© Ennion Leanza/Keystone ©

Carrières

Trois mois pour dénicher un premier emploi

Le programme Jeunes@Work aide les jeunes diplômés à entrer sur le marché du travail. La méthode est simple: construire un projet professionnel solide avant de démarcher les entreprises. Cette initiative privée a séduit les autorités

Pendant cette année des 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques. La cinquième porte sur «l’économie inclusive». Celle-ci vise à mieux tenir des enjeux écologiques, éthiques et égalitaires. Nous cherchons des idées, des modèles et des personnalités qui, chacun à leur manière, développent une économie et une finance plus intelligentes, qui contribuent à mieux répartir ce qu'elles génèrent entre toutes les parties concernées.

Un calme soucieux règne dans la salle. Dans un immeuble du centre de Genève, un petit groupe de jeunes ont le regard fixé sur l’écran de leur ordinateur. Tous sont en quête de leur premier emploi. Manque d’expérience, de confiance en eux ou de contacts professionnels, leur recherche a rapidement viré au casse-tête. Le programme Jeunes@Work, piloté par la fondation Insertion pour tous, leur permet d’éviter une étape redoutée: la case chômage.

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Pendant trois mois, ils sont épaulés dans leurs démarches par des formateurs aguerris. Le CV est réajusté, la prise de parole en public améliorée et la conviction retrouvée. Affichée sur le mur, une citation de Nelson Mandela résume la philosophie de cette initiative née au bout du lac en 2008: «Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse.»

La méthode a fait ses preuves. En dix ans, quelque 4500 jeunes ont été soutenus gratuitement, dont 3500 environ dans les cantons de Genève et Vaud. Le taux de réussite est éloquent: 70% des diplômés ou apprentis ont décroché un poste en l’espace de trois mois.

Claudia a 20 ans et un CFC d’employée de commerce en poche. Elle n’a pas hésité une seule seconde à profiter du dispositif: «Mon grand frère s’était adressé à cette structure. J’ai vu que ça avait fonctionné pour lui donc je me suis également inscrite.» Après trois semaines intenses, la jeune femme a obtenu plusieurs entretiens d’embauche. Elle espère devenir assistante en ressources humaines. La clé viendra peut-être d’un de ses camarades. Ils ont ouvert une conversation WhatsApp pour s’échanger des offres intéressantes ou les coordonnées de recruteurs. «On s’aide comme on peut. On veut tous trouver», sourit Claudia.

«La situation est grave»

Assis à côté d’elle, le formateur Julien Goualard se réjouit de l’envie affichée par les participants: «On essaie de leur montrer qu’il faut sortir du lot, et ne pas attendre qu’une offre d’emploi arrive. Ils doivent être en mouvement.» Cet ancien commercial n’hésite pas à les «secouer un peu», mais toujours avec bienveillance. Prendre des renseignements par téléphone, frapper à la porte d’une entreprise pour obtenir un rendez-vous, ces initiatives séduisent les employeurs. «Je rends visite aux manufactures horlogères de la place genevoise et je suis étonné du bon accueil qui m’est réservé», confie David, en bras de chemise. Lui convoite un poste d’ingénieur. «Avant, ma manière de postuler était brouillonne. Je suis plus méthodique aujourd’hui», lâche-t-il, tout en parcourant un tableau qui recense l’intégralité de ses postulations. Certains candidats doivent toutefois faire le deuil de leur projet professionnel idéal.

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Le taux de chômage des jeunes Suisses était de 6,4% au deuxième trimestre 2018, alors qu’il s’élevait à 4,6% pour l’ensemble de la population active. «La situation est grave. Ces jeunes sont très frustrés car ils ne trouvent pas un premier emploi, regrette Werner Blatter, membre du comité de pilotage de Jeunes@Work. La démotivation s’installe très vite, il faut faire quelque chose.» Le conseiller en philanthropie travaille avec Patrick Odier, l’initiateur du projet et associé senior de la banque Lombard Odier.

C’est toute l’originalité du programme. Il n’a pas été imaginé par les pouvoirs publics, mais par des entrepreneurs. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée explique en partie leur implication. «Le secteur privé a tout intérêt à lutter contre le chômage, notamment celui des jeunes. Ces personnes sont prêtes à travailler dès demain, affirme Werner Blatter. Se reposer sur les autorités publiques ne fonctionne plus.»

Intérêt des pouvoirs publics

Credit Suisse a permis à Jeunes@Work de s’étendre au-delà des frontières genevoises, avec la création d’antennes dans plusieurs villes romandes. Un bureau a également ouvert à Zurich. Les autorités cantonales et le Secrétariat d’Etat à l’économie apportent leur pierre à l’édifice. Pour chaque franc obtenu, le plus souvent auprès de fondations privées, ce dernier injecte cinquante centimes dans le dispositif.

Preuve de l’intérêt des pouvoirs publics, le ministre de l’Economie Johann Schneider-Ammann sera présent à l’anniversaire de Jeunes@Work organisé le 23 novembre prochain à Genève. Une reconnaissance du travail effectué. Mais la direction du programme ne veut pas s’arrêter là. Elle aimerait organiser des ateliers dans des établissements scolaires. Une manière de lutter en amont contre l’improvisation qui marque bien souvent la recherche d’un premier emploi. «Les écoles préparent toujours à la formation suivante, juge Werner Blatter. Mais on explique rarement comment s’y prendre dans la vie professionnelle.»

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