Sous la dénomination Clean Clothes, trois organisations d'aide aux pays en développement, Action de Carême, la Déclaration de Berne et Pain pour le prochain, lancent une campagne de sensibilisation du public aux conditions de travail des salariés de la branche du textile. Ces organismes demandent à la population d'interpeller au moyen de cartes postales une quinzaine de distributeurs ou de représentants suisses de grands fabricants, tels que Benetton, Levi Strauss, Nike ou Adidas-Salomon.

Clean Clothes précise que «son but n'est pas de boycotter les marques et les magasins de vêtements, mais de les amener à une politique commerciale plus responsable en adoptant un code de conduite qui garantisse le respect des droits fondamentaux des travailleurs, en matière de salaire, de santé et de liberté syndicale».

Comme beaucoup de fabricants ont déjà introduit des «codes de conduite» qui ne sont pas forcément respectés à la lettre, Clean Clothes propose que ces procédures soient contrôlées par des organisations indépendantes.

Clean Clothes a notamment recensé des semaines de travail «de 93 heures» en Chine. Des témoignages recueillis par ces organisations font aussi état d'enfants «de 10 à 14 ans» travaillant pour l'industrie textile, notamment en Indonésie.

Chez Levi Strauss, on précise avoir reçu «cinquante cartes postales». Clean Clothes reproche au fabricant de jeans d'avoir travaillé en 1992 avec des sociétés employant des immigrées chinoises œuvrant sous «des conditions de travail proches de l'esclavage». En 1998, d'autres salariées auraient aussi travaillé sept jours sur sept, «entassées dans des logements des usines». Un porte-parole de Levi's réagit en précisant que sa compagnie «a été une des premières, depuis le début des années 1980, à contrôler ses fournisseurs». Levi's précise avoir aussi diminué sa production en Chine, où les droits de l'homme ne sont pas respectés. En 1993, plus de 2,6 millions d'articles y étaient produits, contre 800 000 en 1996. «Nous ne pouvons pas surveiller 24 heures sur 24 nos fournisseurs. Mais, lorsque nous sommes alertés sur ce sujet, nous intervenons et, au besoin, nous cassons nos contrats de sous-traitance», assure le porte-parole du fabricant californien. Levi's s'interdit notamment de travailler avec des fournisseurs employant des enfants «âgés de moins de 14 ans», ou des salariés travaillant plus de «60 heures» par semaine.

De son côté, la chaîne de magasins H & M annonce avoir adopté en 1997 un «code de conduite» s'inspirant très largement des dispositions de l'OIT (Organisation internationale du travail). Une centaine de cartes postales, en grande majorité postées en Suisse alémanique, sont parvenues à la filiale suisse du distributeur suédois.

Les œuvres d'entraide se sont aussi livrées à une enquête pour connaître la part de vêtements produite dans les différentes régions du monde. Selon cette enquête, le fabricant suisse Calida annonce produire surtout en Europe de l'Est (37,5%), au Portugal (37%) et en Suisse (23,5%). Quant aux distributeurs, ils s'approvisionnent dans des régions très différentes. Migros achète 45% de ses articles en Europe, 21% en Chine, 13,5% en Suisse et 9% en Inde. Le groupe Manor se fournit surtout en Suisse (38%) et en Extrême-Orient (33%). La maison de vente par correspondance Charles Veillon s'approvisionne essentiellement en Europe (45,8%) et en Chine (41%).