«Le choix du financement de sa retraite dépend d'une décision liée à la consommation. L'individu n'aura pas de deuxième chance. Certes il doit épargner correctement mais il lui manque d'informations. Et face à lui, les conseillers lui offrent des solutions biaisées par leurs incitations à vendre», déclare Robert Stiglitz, Prix Nobel d'économie, lors du deuxième colloque européen sur l'investissement à long terme et organisé à Vienne par Pioneer Investments, un gérant de fonds (230 milliards d'euros sous gestion), qui appartient à Unicredit.

Le besoin d'épargne est l'un des plus grands défis, selon Stiglitz. Et la théorie économique n'est d'aucune aide. Elle suppose que l'épargnant fera un choix rationnel et l'appliquera correctement. Ce qui diffère de la réalité. «Le facteur le plus important qu'ignore la théorie, c'est le capital humain. C'est notre principale richesse, (2/3 de notre valeur). Et d'une part il n'est pas négociable, à moins de retomber en esclavage, et il ne peut être diversifié.» La question se complique encore par les perceptions individuelles des besoins, envies et craintes.

Intégrer le capital humain et la structure familiale

En pratique, les géants de l'industrie financière proposent des solutions telles que des fonds dits de cycle de vie. Ils allouent une large part du portefeuille aux actions lorsque l'individu est jeune et diminue ensuite ce pourcentage avec le temps. Ce type de produits, très en vogue, souffre d'énormes défauts, selon Robert Stiglitz. «L'âge ne devrait pas être la seule variable. Il faut intégrer la structure familiale. Le risque augmente avec le nombre d'enfants et si un seul époux travaille. En outre, avec l'âge, l'incertitude sur le sort de chacun et de son capital humain diminue. Il faudrait compenser cette baisse d'incertitude par des investissements plus risqués.»

L'immobilier est également sous-estimé dans les solutions d'épargne, poursuit le professeur. L'immobilier est le deuxième actif le plus important après le capital humain, selon Robert Stiglitz. C'est un refuge, une bonne protection face à l'évolution des prix et il offre quantité d'autres services.

Les produits des banques sont médiocres comme les conseils des experts. «Les vendeurs de fonds de placement exploitent l'ignorance des individus», selon le Nobel. Il faut «plus et mieux réglementer la finance, d'une part s'attaquer résolument aux abus et aux conflits d'intérêts, et obliger les groupes financiers à une vraie transparence sur les coûts des produits. Ce n'est pas une attaque contre la finance. Le gain de confiance qui en résulterait favorise l'économie dans son ensemble», déclare Robert Stiglitz. En langage financier, le message est de «réduire l'asymétrie d'information, par une plus grande qualité d'information».

Les solutions financières devraient cibler des «clusters», soit des groupes d'individus aux besoins similaires et leur offrir des prototypes à la fois simples d'apparence, mais sophistiqués par leur construction et l'intégration des variables importantes (immobilier, capital humain, structure familiale et richesse).

Laisser faire l'épargnant

Vernon Smith est sceptique à l'idée d'interférer dans les choix des individus. «Tant de décisions des politiques provoquent des effets dommageables», déclare-t-il. C'est par la création d'opportunités que l'économie innove et crée des richesses. «Laissons ce processus de découverte se développer librement», poursuit-il. Pour augmenter l'épargne, une possibilité serait de remplacer l'impôt sur le revenu par un impôt sur la consommation. C'est une incitation à créer du capital. En dessous d'un niveau de pauvreté, l'individu recevrait un transfert, un crédit d'impôt, et il serait incité à épargner. Mais restons modestes! «Je décide moi-même de mes investissements. J'achète des actions très risquées parce que j'ai un fonds de retraite très diversifié et bien garni, auquel j'ai cotisé 50 ans. Dois-je encore acheter des obligations? Voilà pour moi, mais il m'est bien difficile de conseiller les autres», déclare Smith.

De nouveaux modèles américains sont très populaires. C'est le fait de l'inertie de l'épargnant, selon le Nobel. «Les gens ont de bonnes raisons à afficher cette inertie. Notre cerveau fonctionne ainsi. La plupart de nos actions ne sont pas le fruit de décisions délibérées. Regardez ce que vous achetez dans un magasin et comparer avec vos intentions initiales».

Combiner retraite et climat

Robert Engle propose de répondre au défi de l'épargne en même temps qu'au changement climatique. «Nous avons l'habitude de taxer une bonne chose, le salaire. Pourquoi ne pas taxer une mauvaise, l'émission de CO2?» Les recettes seraient placées dans un fonds et géré de façon semi-autonome, partiellement avec l'aide de la Fed. On répondrait à deux risques à long terme susceptibles de réduire la productivité: le manque d'épargne lié au vieillissement et la détérioration de l'environnement.

En annonçant qu'un tel impôt serait levé dans cinq ans, les comportements des individus pourraient s'ajuster dès maintenant pour réduire le risque environnemental avant que la taxe ne soit levée.