Le Temps: Votre fonds réalise une performance surprenante: – 25,3% sur un an (en franc suisse), de loin la meilleure de votre catégorie, alors que la moyenne se situe à – 40%. Quelle politique d'investissement vous permet d'obtenir ce résultat?

Arthur Byrnes: Nous investissons non seulement dans des actions, mais aussi dans la dette des pays émergents qui peut offrir de très bons rendements. Le portefeuille contient actuellement autant des deux types d'actifs. La dette constitue un excellent substitut aux actions. En particulier lorsqu'un pays restructure ses engagements, après une situation de défaut notamment. Il est alors possible de réaliser des gains importants. Par exemple, certaines obligations de l'Equator sont tombées à 15% de leur valeur faciale pour remonter ensuite à 45%.

Il faut suivre ces restructurations pour savoir quand investir. Parmi celles qui devraient payer un jour on peut compter la dette argentine. J'attendais sa restructuration l'an passé mais elle n'a pas eu lieu. Aucun programme n'a encore été mis en place. Mais cela arrivera tôt ou tard. Je m'étonne d'ailleurs que ce pays reste finalement assez calme, compte tenu de ce qu'il lui arrive.

Nous n'hésitons pas non plus à conserver des positions importantes en liquidités. 20% du portefeuille correspond à des positions en cash lorsque les opportunités manquent, comme c'est le cas en ce moment. Toutefois, dès que l'incertitude sur le conflit en Irak sera levée, le portefeuille sera complètement investi.

– La taille de votre fonds, moins de 10 millions de dollars, est très petite, en dépit de sa bonne performance relative. Comment expliquez-vous cela?

– C'est vrai que la masse sous gestion de ce fonds reste faible, mais nous gérons en tout près de 100 millions de dollars placés en Amérique latine. De manière plus générale, les investisseurs affichent une aversion au risque très important. Les titres des journaux ne font rien pour les rassurer. Pourtant, vu les performances que nous avons réussies à obtenir par le passé, il n'y a aucune raison que nous ne puissions continuer. Même si, bien sûr, on ne peut tenir les rendements passés comme une garantie pour l'avenir.

– Même supérieure à celle de vos concurrents, la performance de votre fonds est restée nettement négative. Pourquoi voudrait-on investir aujourd'hui dans les marchés émergents d'Amérique latine?

– En moyenne, depuis 1995, nous réalisons près de 8% par an. Avant l'éclatement de la bulle Internet, cela ne pesait pas lourd, mais aujourd'hui ce n'est pas si mal… On ne peut ignorer les risques que comporte cette région. Beaucoup d'incertitudes pèsent sur le Brésil avec l'arrivée de Lula, même si son mandat a bien commencé. Et on peut écarter tout risque de défaut de ce pays pour l'année qui vient. Le Venezuela pose aussi problème. Cependant, sa richesse pétrolière le protège contre un grave problème de faillite. Seulement 1,2 million à 700 000 barils sont produits par jour, contre 3,1 millions avant la crise. Le service de la dette pourrait être interrompu mais cela n'ira guère au-delà d'une simple interruption. En Equateur, le nouveau président semble déterminé à discuter avec le Fonds monétaire international pour régler les problèmes liés à son endettement extérieur. Au Mexique, de nombreuses entreprises constituent de bonnes opportunités d'investissement. Elles profitent notamment de la stimulation économique produite par le gouvernement. Un redémarrage de la croissance pourrait conduire à des remontées de cours importantes.