Le Temps: Vous gérez depuis Londres un nouveau fonds investi dans les grandes entreprises européennes. Le portefeuille compte actuellement près de 80 positions. Comment pouvez-vous suivre autant d'entreprises à la fois? Quels critères comptent le plus pour sélectionner un titre?

Frédéric Gautier: Le fonds peut même contenir jusqu'à une centaine de positions. Je rencontre les représentants de trois à cinq entreprises par jour. Mais pour arriver à gérer le fonds, je m'appuie aussi sur l'ensemble des analystes de Fidelity Investments. Ils rencontrent davantage de managers, connaissent parfaitement le secteur qu'ils couvrent et fournissent des rapports détaillés sur les sociétés qu'ils suivent.

Pour construire le portefeuille, je me base avant tout sur la sélection des titres individuels (stock-

picking), car c'est d'elle dont dépend une performance supérieure à la moyenne. Je vise d'ailleurs un rendement qui se situe dans le premier quartile des fonds comparables au mien.

Mon approche combine les styles croissance (growth) et valeur (value), même si je me sens plus proche du premier. Il est en fait difficile aujourd'hui de savoir lequel de ces deux styles l'emporte sur l'autre. La capitalisation boursière de la plupart des sociétés du portefeuille dépasse les 5 milliards d'euros. J'évite de trop dévier par rapport à la composition de l'indice de référence, le MSCI Europe Index. Par exemple, du point de vue sectoriel, le fonds ne s'écarte pas de +/– 5% de l'indice. Je limite également le taux de rotation des positions. L'investissement se fait sur un horizon de deux à trois ans.

La sélection proprement dite s'appuie sur l'étude approfondie des fondamentaux des entreprises: la situation de l'offre et de la demande sur leur marché, leurs ventes et leur rentabilité, qui dépendent de la structure du secteur, du management et de l'environnement économique. La bonne santé financière des entreprises compte aussi beaucoup. Nous privilégions celles qui présentent un bon bilan. Elles doivent bien sûr dégager des encaisses additionnelles (free cash flow). Enfin, le prix de l'action doit être attractif. Nous voulons investir dans celles dont la rentabilité dépassera ce qu'anticipe le marché. En termes de secteur, je privilégie actuellement celui de la santé, car le vieillissement de la population, le lancement de nouveaux produits et les fortes marges des entreprises de cette industrie offrent des perspectives très positives.

– Plus que les petites, les grandes sociétés dépendent des cycles macroéconomiques. En Europe, elles attendent aussi beaucoup de la reprise américaine. Comment intégrez-vous cet élément dans la construction de votre portefeuille?

– L'imbrication croissante des économies est une évidence. Cependant, intégrer les fluctuations de la croissance du PIB (produit intérieur brut) dans la construction d'un fonds reste encore très difficile. Cette intégration requiert beaucoup de moyens. Il faut aussi tenir compte du fait que les économistes se trompent souvent. Chez Fidelity Investments, nous préférons concentrer nos forces sur l'analyse des sociétés. Nous privilégions donc l'approche bottom-up.

Par ailleurs, il ne faut pas non plus surestimer l'importance des cycles macroéconomiques ni de l'économie américaine. Dans certains secteurs, comme la pharmacie, les entreprises dépendent beaucoup de leurs exportations aux Etats-Unis. Mais ce n'est pas le cas de toutes. Par exemple, les banques anglaises actives dans les prêts hypothécaires reposent d'abord sur la vigueur de l'économie britannique.

– Pouvez-vous expliquer ce qui vous intéresse dans Total Fina Elf, votre plus grande exposition (4,8% du portefeuille)? Certains soulignent que les entreprises de ce secteur souffrent de la faible rentabilité de leur branche distribution…

– Total Fina Elf offre une croissance pratiquement deux fois supérieure à celles de BP ou de Shell. Elle tire notamment partie de sites d'extraction en Angola en eaux profondes. La production a crû au rythme de 8% par an ces dernières années. Même si la raffinerie ou la distribution de l'essence rapportent mois, la rentabilité de la société reste excellente. Le développement de cette entreprise s'explique aussi par sa moins grande taille comparée aux deux autres poids lourds de ce secteur en Europe.

Fiche signalétique

Nom du fonds: European Larger Companies Fund

No de valeur: 1.192488

Promoteur: Fidelity Investment

Domicile: Luxembourg

Date de création: 16.09.02

Monnaie de réf.: euro

Pol. de distribution: accumulation

Taille: 85 millions d'euros

VNI: VNI: 20,60 euros

Frais: achat: 5,25%, vente: 0%, gestion: 1,5% par an

Principales positions: Total Fina Elf (4,8%), Bank of Ireland (3%), Vodafone Group (2,9%), Nokia (2,6%), ENI (2,5%).