Le Temps: Lancé en 1995, ce qui en fait un des plus vieux fonds de la catégorie des biotechnologies, votre portefeuille est-il toujours construit de la même façon?

Michael Sjöström: Depuis le lancement, nous avons évidemment beaucoup appris et amélioré notre méthode de travail, mais la philosophie reste la même. On ne change pas de style d'investissement en fonction de la tendance du marché.

Nous privilégions toujours l'approche fondamentale, bottom-up. Nous sélectionnons les sociétés sur la base de leurs mérites intrinsèques à partir de la recherche que nous produisons pour nous-mêmes. Le portefeuille, bâti sur des titres sélectionnés de façon globale, reste relativement concentré avec actuellement un peu plus de 30 positions. Il contient de grands noms (comme Serono) mais aussi des sociétés peu connues, telles que l'américaine Chiron détenue à moitié par Novartis. Nous évitons cependant les entreprises qui se trouvent à un stade précoce de leur croissance. Elles doivent avoir atteint la phase 3 qui correspond au dernier développement clinique et aux premiers trimestres de commercialisation. Nous évitons ainsi une prise de risque trop élevée. Le potentiel d'appréciation d'une entreprise encore jeune pourrait certes nous permettre de faire un carton, mais le pari relève de la roulette russe.

Enfin, les entreprises sont majoritairement américaines. Cela tient à l'univers d'investissement dont 90% des sociétés sont basées aux Etats-Unis.

– La réussite de votre politique de gestion (+192% depuis le lancement) a attiré de très nombreux investisseurs. Votre fonds pèse désormais plus de 1 milliard de dollars. Cette taille, peu commune dans l'univers des fonds, vous handicape-t-elle?

– Nous devons tenir compte de ce paramètre, d'autant plus que le portefeuille est concentré. Les positions pèsent donc au moins 1% du fonds (ndlr: fin novembre, les dix premiers titres en représentaient plus de la moitié). Pour cette raison, nous excluons les sociétés dont la capitalisation boursière est inférieure à 300 millions de francs. Autrement, si nous devons nous séparer d'une position du jour au lendemain, nous pourrions avoir un impact sur le marché. Cela ne s'est jamais produit, mais nous sommes conscients de ce risque.

Néanmoins, notre taille actuelle ne pose aucun problème pour la gestion du fonds. J'estime même qu'elle pourrait encore presque doubler.

– En juillet 2000, vous avez quitté la banque Pictet pour fonder votre propre société, Sectoral Asset Management, qui continue de gérer le fonds. Quel bilan tirez-vous de cette opération?

– Très positif. La taille du fonds a continué à croître et la performance se maintient dans le premier quartile de notre catégorie. L'indépendance nous a également donné une souplesse plus grande dans l'organisation.

Nous continuons de travailler très étroitement avec Pictet: nous disposons de l'exclusivité du management du fonds Pictet Biotech pour l'Europe. Nous avons aussi démarché d'autres marchés, en Asie notamment. Enfin, nous avons développé notre hedge fund.

Fiche signalétique

Nom du fonds: Pictet F - Biotech - P

No de valeur: 891431

Promoteur: Pictet Funds

Domicile: Luxembourg

Date de création: 01.12.1995

Monnaie de réf.: dollar

Pol. de distrib: accumulation

Taille: 1,118 milliard de dollars

VNI: 202,28 dollars

Perf. annualisée depuis création: 14,34%

Total expense ratio: 1,96% p. a.

Principales positions: Celgene (8,2%), Biogen IDEC (6,7%), Gilead Sciences (5,8%), Intermune (5,2%), Amgen (5,2%)