Le Temps: Votre fonds, l'IAM-Gold & Metals, investit dans les mines actives dans l'or et les métaux industriels. Quelles sont les perspectives pour ces deux segments?

Michel Théthaz: Sur un horizon de long terme, soit pour les dix prochaines années, ils sont chacun soutenus par une tendance haussière de fond. Du côté de l'or, la propension à dépenser qu'ont les Etats-Unis et la détérioration de leur situation débitrice entraîne un recul du dollar. Ce recul est corrélé à une appréciation du métal jaune. L'or sert d'assurance face à la dérive des Etats-Unis. Il est vrai que son cours peut très bien ne rien faire pendant quelques mois, qu'il y aura des à-coups, mais la tendance est à la hausse.

En ce qui concerne les métaux industriels, la croissance économique des pays émergents assure une demande soutenue des matières premières. Ils restent extrêmement bon marché en comparaison historique. Un indice remontant à 1845, montre clairement qu'ils sont très proches d'un plus bas absolu. Si les deux segments sont porteurs, j'ai une légère préférence pour les métaux industriels, ils sont soutenus par une approche positive, la croissance, alors que le prix de l'or est guidé par un réflexe de prudence, de valeur refuge.

La composition de notre portefeuille suit en grande partie celle de notre indice de référence, le FTSE World Mining Index, nous y surpondérons ou sous-pondérons certains titres. L'indice est grosso modo composé de 25% de mines d'or et de 75% d'autres métaux, mais il y a beaucoup de titres qui se recoupent.

– Quels sont vos critères pour surpondérer un producteur?

– Les facteurs qui entourent la vie des exploitations ont leur importance; comme, par exemple, le fait que l'Afrique du Sud vienne d'assouplir le contrôle des changes. Nous sommes obsédés par la qualité des mines. Pour chacune d'entre elles notre analyste-géologue, avec qui je gère le fonds, identifie la qualité des minerais et leur facilité d'extraction. L'instrument de mesure privilégié de la valeur d'une mine est le ratio capitalisation boursière divisé par la valeur nette d'inventaire de la mine. Cette dernière est la somme, actualisée, de toutes les ventes de métaux que la mine effectuera. Cet instrument de mesure a l'avantage d'être plus stable que d'autres, car il utilise un niveau de prix de l'or défini. Il échappe aux fluctuations quotidiennes des prix.

– 25% du fonds est sur un seul titre, BHP Billiton. N'est-ce pas un risque trop important?

– C'est le premier titre de l'indice et nous le surpondérons. Généralement nous nous permettons une surpondération maximum de 2%, quel que soit le poids de la société. BHP Billiton se vend à un cours avantageux, compte tenu de la qualité de ses actifs, de sa direction. Elle est diversifiée, ce qui lui permet d'échapper aux cycles propres à l'un ou l'autre métal, son cash flow est très stable. Grâce à cela, elle peut donc investir quels que soient les cycles des matières premières.