Rajiv Jain gère depuis quatre ans le fonds en actions des pays d'Extrême-Orient de Vontobel. Il a chaque année battu son indice de référence et obtenu une performance positive significative en 2001 et 2002, années où l'indice cédait 3% et 8,4%.

Le Temps: Les deux tiers de votre fonds sont investis sur quatre pays seulement: l'Inde, avec 21% du portefeuille, l'Australie, la Corée et Singapour. Pourquoi une telle concentration?

Rajiv Jain: Nous sélectionnons des titres et non pas des marchés, c'est dans ces pays que nous trouvons actuellement le plus de sociétés intéressantes. Nous voulons des sociétés qui obtiennent un rendement du capital à deux chiffres et des marges opérationnelles qui approchent ou dépassent les 10%. En Inde, par exemple, nous trouvons actuellement plus facilement ce genre de sociétés, ce n'était pas le cas il y a deux ans. La société informatique Infosys est la première position du portefeuille, c'est une entreprise vraiment mondiale. Nous voulons des titres raisonnablement évalués. Ils doivent l'être de façon absolue et non pas relative face au reste du marché. Notre approche conservatrice est différente de l'approche classique orientée sur la substance (value). Nous n'achetons pas des sociétés simplement parce qu'elles sont faiblement évaluées. Nous prenons des sociétés qui réaliseront une croissance de qualité et qui ne sont pas trop chères.

– Comment valorisez-vous les titres?

– Cela signifie que nous achetons des titres qui se traitent 25% en dessous de leur valeur intrinsèque. Pour connaître cette dernière, nous prenons les bénéfices par action de l'année en cours. Nous les ajustons de différents facteurs qui les rendent trop volatils, comme les amortissements, les intérêts payés, le taux d'imposition ou les dépenses engendrées par la distribution d'options. Nous poursuivons notre calcul en appliquant à ces bénéfices sur les cinq prochaines années un taux de croissance inférieur au taux de croissance que la société à réalisé dans le passé: nous voulons être conservateurs.

Une fois que nous avons déterminé les bénéfices attendus pour l'année 2010, nous les divisons par le taux des obligations à 10 ans. Nous y ajoutons les dividendes estimés pour les cinq prochaines années. Il ne nous reste plus qu'à actualiser ce chiffre pour trouver la valeur intrinsèque d'un titre.

Notre méthode nous amène à ne pas acheter de titres cycliques ou de matières premières. Nous ne misons pas sur des sociétés en restructuration: ce sont typiquement des entreprises qui connaîtront une forte accélération de leurs bénéfices. Notre approche minimise le risque, il est vrai que nous n'obtiendrons pas les meilleures performances quand le marché flambe. Pendant ces périodes, ce ne sont pas les titres de meilleure qualité qui progressent le plus vite.

– Vous avez très peu de titres en Chine?

– Les sociétés chinoises s'intéressent trop aux questions sociales au lieu de seulement chercher à gagner de l'argent. Elles se préoccupent de l'emploi. Nous n'avons aucun titre en Chine continentale. Leurs bénéfices sont difficilement prévisibles et la qualité des rapports comptables n'est pas excellente. Ces sociétés sont souvent trop cycliques et les rares titres chinois que nous aimons sont devenus trop chers. Les gens payent cher pour participer à la croissance du pays. Nous n'avons que trois titres à Taïwan. Les entreprises cotées de ce pays sont très technologiques et dépendantes de grandes sociétés comme IBM ou Dell. Elles n'ont pas de pouvoir de négociation sur leur prix, leurs marges sont sous pression. De plus, elles ont émis un grand nombre d'options en faveur de leurs employés. C'est un transfert de richesse des actionnaires vers ces derniers. A Hongkong, il nous reste encore quatre titres, les autres que nous avions en portefeuille ont atteint leur objectif de cours.